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André et Denise Delanoë, des actions au service de Thérèse Pierre 

André Delanoë, résistant fougerais    Denise Delanoë, résistante fougeraise

Avec le couple Delanoë, se manifeste un visage de la Résistance actif dans une famille entière. Les exemples ne manquent pas : la famille Boivent, les parents, le fils et les deux filles ; les  Pierre Lemarié, père et fils, le gendre Mentec. Ici le couple Delanoë sollicite l’aide des beaux-parents, M. et Mme Barangé.

L’histoire de la Résistance commence pour eux avec la prise de contact par Farard, dirigeant du sport ouvrier fougerais, relayée par celle d’Edouard Genouel, en septembre 1941. L’objet de la démarche est de permettre l’hébergement des personnes vivant dans l’illégalité. A ce moment,  Pierre Lemarié rencontre les Barangé afin de solliciter leur implication.

Genouel va présenter aux Delanoë le premier responsable de Fougères, Lucien. A chaque fois, se présenteront des responsables sous le pseudonyme d’un prénom : Léon, puis Paul, enfin Yvon, lieutenant- colonel dans la Résistance. Vient le tour de Thérèse Pierre, femme très discrète et très déterminée.

Yvon demande que les Delanoë prennent une ronéo à leur domicile, le 3 rue Pierre et Marie Curie, afin de fabriquer des tracts. Pour cela, ils doivent aller la chercher rue de Bonabry, le soir et la transporter à l’aide d’une brouette et ensuite la cacher dans l’escalier du perron. Ils stockent également papier, encre et stencils pour imprimer les tracts. Les premiers sortiront en octobre 1942. La maison devient un véritable atelier clandestin, camouflé soigneusement pour éviter des arrestations qui auraient pu être nombreuses.

Les titres des journaux ainsi que le nombre des tirages permet de mesurer l’ampleur des impressions chez les Delanoë : France d’abord, Pays Gallo, Vie ouvrière, tirages de la C.G.T. et de l’Humanité. Avec les comptes-rendus des activités des Résistants, les tirages avoisinaient autour de 500 à 700 exemplaires. Une fois, les chiffres ont atteint les 1200, toujours réalisés le soir, après le travail.

Les tracts sont transportés dans la sacoche du vélo de Denise et les trajets régulièrement assurés sur la route de Laignelet, sur celle de la Chapelle-Janson et à la Poste.

En effet, Denise Delanoë travaillait comme employée au guichet de la poste et interceptait du courrier destiné à la Kommandantur, notamment les lettres de dénonciation nombreuses à l’époque. Denise Delanoë et Thérèse Pierre  avaient une grande confiance l’une dans l’autre. Le rôle de Denise à la poste est exemplaire et illustre une forme de Résistance exercée par les femmes.

 Thérèse PIERRE, résistante fougeraiseEn septembre 1943, Thérèse Pierre se déplace  à un rendez-vous, à Saint Malo, avec un soi-disant parachutiste. Cette rencontre s’avère suspecte. Thérèse ne se sent plus en sécurité. L’arrestation, à Fougères, du chef de réseau est désormais connue. Les Delanoë, pour leur part, apprennent qu’elle a été arrêtée à huit heures du matin. La veille de son arrestation, Thérèse se trouvait chez les Delanoë qui lui conseillaient de partir dès le lendemain matin. Elle n’eut pas le temps de s’enfuir. Selon les instructions données, les Delanoë se séparent de la ronéo, des tracts, des papiers, des revolvers, du fusil mitrailleur. Les  cartouches sont  jetées dans l’étang de Groslay. Une planque est trouvée pour la ronéo dans le chemin de Fontaine la Chèze. Denise et André Delanoë transportent la ronéo, à l’aide d’une brouette, un soir, au clair de lune. Avec la hantise de rencontrer une patrouille allemande, l’insécurité était totale, d’autant que les arrestations devenaient de plus en plus nombreuses.

 Les beaux-parents sont hébergés chez une cousine d’André Delanoë, Julia. Les Delanoë dorment désormais chez M. et Mme Guillerm, rue Beaumanoir, c’étaient des collègues de travail de Denise à la Poste. Une fois, la Milice est venue à leur maison cogner à la porte avec une mitraillette, elle cherchait Auguste Boivent, mais il n’y avait plus personne. Les Delanoë reprirent leurs habitudes de travail, dès le lendemain : Denise à la Poste, André à son atelier de tôlerie, situé juste en face de la maison d’habitation.

 Le climat est devenu plus serein et le domicile a pu être réintégré. Combien de fois André Delanoë a pu dire qu’ils devaient leur vie au silence de Thérèse Pierre. Elle préféra la mort plutôt que céder à la torture ; dans ce cas, elle risquait de donner les noms du réseau. Elle prononça ces dernières paroles : « Ils ne m’ont pas eue. » Ce grand courage fait aujourd’hui toute l’admiration de ceux qui s’intéressent à l’histoire de Thérèse.

Denise, qui avait l’adresse des parents de Thérèse, leur envoya un télégramme pour leur annoncer la mort de leur fille. Ainsi ils purent se déplacer pour l’enterrement à Rennes. Les parents étaient directeurs d’école à Epernay. Les Delanoë s’abstinrent d’y participer, par crainte de la surveillance de la Milice. Elle vint à la Poste pour savoir, auprès du receveur, l’émetteur du télégramme, Denise n’avait pas signé son nom, heureusement.

Après la Libération, les Delanoë reçurent à la maison, pendant une semaine, les parents de Thérèse. Evidement ceux-ci voulaient savoir bien des choses : l’auteur du télégramme, les activités de leur fille à la fin de l’année. Ils continuèrent de se voir jusqu’à la mort des parents de Thérèse. C’est dire les liens d’amitié et de confiance entre les deux familles. Les Delanoë furent très proches de Thérèse Pierre, ils menèrent un combat non sans péril. 

Ainsi, le responsable, en place, vint leur demander s’ils avaient  toujours la ronéo. Il les pria de la préparer et de la transporter, le jour venu, à la gare du tramway, rue Duguay-Trouin car quelqu’un la prendrait en charge à ce moment. Il fut décidé que la cousine Julia serait chargée du transport, avec sa fille. Elle avait à effectuer près de 2 km et à traverser la ville avec une brouette et une caisse protégeant la ronéo. La cousine avait recouvert l’ensemble  de feuilles de choux, l’élevage de lapins se pratiquait dans la famille. De son côté, André effectuait, à vélo,  le trajet à l’envers pour surveiller. Pas de chance, lors du premier et du second tour, le cycliste ne vit rien. Au troisième tour, il aperçut la ronéo sur la plate-forme du wagon, à la gare. Le danger était grand de voir des patrouilles de gendarmes allemands ; de plus, un milicien s’était installé tout près de la maison des Delanoë et, comme il logeait au premier étage, il  pouvait tout surveiller, le jardin et le reste.

Après la Libération, André Delanoë et sa  femme rejoignirent le Comité Local de Libération (C.L.L.) où toutes les organisations étaient représentées. Leur motivation était de connaître la personne qui avait fait arrêter Thérèse Pierre. Jamais ils ne le surent. Le Comité se réunissait rue de la Forêt. Le but était d’examiner des dossiers concernant des vrais collaborateurs, qu’ils soient du PSF (Parti Social Français, de La Roque), du P.P.F. (parti populaire français,  de Doriot), du P.N.B. (parti autonomiste breton). En fait, les membres du Comité n’eurent à juger personne,  ils évitèrent même des dénonciations qui n’en valaient pas la peine. Le témoignage d’André Delanoë est méconnu, car il a toujours fait preuve de modestie.           

Sources :

*Témoignage d’André Delanoë, Revue Le Pays de Fougères, n°64, année 1987

Document  Daniel Heudré

      

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23/09/2016