Liste des biographies

Pierre Demalvilain

(1926- 2015)

Pierre, Léonce Demalvilain est né le 6 juillet 1926, à Soissons dans l'Aisne, département de naissance de sa mère. Après la première guerre mondiale la famille Demalvilain s'est installée dans l'Aisne où le père occupe le poste de contrôleur général des services des régions libérées et après l'échec de sa non-réélection aux municipales de Saint-Servan (35).

Son père Léonce-. Adrien Demalvilain né dans cette commune en 1870, y fut élu conseiller municipal en 1898, élu maire en 1900 jusqu'en 1919 où il est battu par l'explorateur Charcot. Quelques années plus tard la famille revient s'installer à Saint-Servan, le père reprend son travail d'armateur, négociant et retrouve son siège de Conseiller Général en 1928 et l'année suivante, il est réélu maire, jusqu'à son décès le 9 décembre 1932.

Pierre fait ses études à Saint-Servan et fin 1940, il est interne au collège en classe de 5ème, quand une alerte invite tout de monde à rejoindre les abris. Pierre échappe à la surveillance de son professeur de dessin et au lieu de se rendre à la cave, il va dans les étages du collège. Il possède une clef pour y ouvrir une des pièces, là il y observe les Anglais bombarder la ville, mais ce soir là il entend quelqu'un qui essaye d'ouvrir la porte. Pierre se cache et voit un "grand" de terminal, qu'il connaît, prendre des notes sur un carnet. S'apercevant de la présence de Pierre, il lui demande ce qu'il fait là et lui dit qu'il faut descendre. Ce qu'ils font ensemble. Une semaine plus tard le "grand" le coince sous le préau et lui demande s'il a parlé à quelqu'un de sa présence là-haut. Comme il voit que Pierre n'a pas parlé, il lui demande quelques jours plus tard : "ça te ferait plaisir de travailler ou de rendre service à ton pays ?". Après avoir été rassuré sur les opinions de Pierre, ils se rendent à bicyclette dans un hôtel à Pontorson, où l'on propose à Pierre de faire de petites tâches. Alors qu'il n'a pas encore 15 ans, il devient Agent de renseignements pour la Résistance.

Le "grand" de terminal avec son frère étaient chargés de renseignements mais aussi de recrutements. Ils étaient les fils d'Ambroise Colin, membre d'un réseau de renseignements dans la Manche, vétérinaire à Granville.

Le 1er Juillet 1941, Pierre Demalvilain s'engage officiellement dans un réseau dépendant du B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignements et d'Action), le réseau franco-polonais : F2 (famille), puis le 1er Juillet 1942, il entre au réseau franco-belge : Delbo-Phénix, jusqu'à la libération de Saint-Malo en août 1944.

Les "petites" tâches, consistent à repérer les unités allemandes circulant  à Saint-Malo et sa région. Notamment relever les lettres et signes particuliers qui figurent sur les plaques d'immatriculations des voitures allemandes : WH, pour l'armée de terre, WL pour l'armée de l'air et WM pour la marine. Il faut suivre, connaître les activités, repérer les heures de passage. Chaque jour Pierre, sous le pseudo de Jean Moreau, sillonne les rues de la ville sur son vélo, ensuite il rentre cher lui faire des croquis et des rapports. Chaque semaine à l'insu de ses parents, il prend le train pour Rennes, puis direction Paris où il dépose ses rapports dans une boîte aux lettres, chez une franco-belgo-polonaise dont le nom de code est "Raymonde". D'ailleurs pour couvrir ses absences, il a l'excuse d'appartenir aux Éclaireurs de France. Les renseignements ainsi récoltés vont ensuite à Londres par valises diplomatiques via les ambassades de Suède ou du Portugal.

Sa tâche consiste aussi à repérer le mouvement des navires, à dessiner les plans des blockhaus, relever les champs de mines. En 1941, l'Angleterre fait envoyer un plan détaillé du terrain d'aviation de Pleurtuit, ils veulent savoir où sont stockées les bombes qui y sont transportées chaque nuit. Par recoupement le dépôt semble se trouver dans le bois de Lanhélin. Pierre se rend sur place. Quand il tombe sur des barbelés il sait ne pas être loin et cherche un endroit pour les franchir. Il n'a pas vu une sentinelle qui le surveille et qui lui demande ce qu'il fait là. Pierre répond avec la première idée qui lui passe par la tête : "Je cherche des champignons". Bonne idée sauf que l'on est au mois de Juillet. L'Allemand fait alors signe à Pierre de le suivre et le fait entrer dans la base où là il peut apercevoir le dépôt de munition. En entendant des voix qui viennent vers eux, le soldat fait signe à Pierre de se cacher. Ce sont deux officiers qui viennent aborder le soldat, ils lui parlent puis s'éloignent. Après leurs départs il fait partir Pierre, qui a en fait accompli sa mission et peut effectuer un plan de situation, avec la complicité malgré lui du soldat allemand.



Croquis de la région de Saint-Servan



Relevé de véhicules allemands



Croquis d'un navire allemand

De janvier à juillet 1942, la moitié des membres du réseau sont arrêtés. Il faut pour quelques temps cesser toutes activités, Pierre va passer un mois chez ses grands-parents dans le Nord-Est. Contacté de nouveau par "Raymonde", il faut remettre en route le réseau Delbo-Phénix. Il rentre à Saint-Malo où il retrouve le Docteur Andréis, chef de réseau et reforment un groupe. Nom de code DB 230. Le docteur Andréis est arrêté le 3 mars 1943. Déporté à Dachau, il revient très affaibli et décède peu de temps après.

Après la Libération jusqu'en mai 1945, Pierre Demalvilain reste au service de la Résistance avant de s'engager volontaire pour faire campagne en France et en Allemagne. En octobre 1945, il part pour l'Indochine où il est démobilisé sur place en novembre 1946.

En 1946, il entre à la Compagnie des Hauts Plateaux Indochinois spécialisée dans les plantations de caféiers et d'hévéas, dont la sève est appelée latex, destinée à être transformée en caoutchouc. Il est successivement assistant, assistant-chef, puis sous-directeur.

En 1955, Pierre Demalvilain est nommé Directeur de la Société des Plantations Réunies de l'Ouest Africain en Côte d'Ivoire, qui appartient au même groupe que son emploi précédent. Il prend ensuite la Direction Générale du secteur Afrique au Cameroun, spécialisé dans les plantations d'hévéas, de palmiers à huile, cacaoyers, caféiers etc. Toujours au Cameroun, il prend ensuite la gérance de l'Huilerie de plan, appartenant à l'État Français, jusqu'à sa cession au gouvernement indépendant du Cameroun.

De 1962 à 1964, il séjourne aux Comores œuvrant pour l'extension des cultures et usinage des plantes à parfum, cacaoyers, vanilliers, caféiers etc. En Mai 1964, Pierre Demalvilain rentre à Saint-Malo et jusqu'en 1978, il est Directeur commercial à la Société Nouvelle d'Alimentation. Durant cette période, il devient Maire-adjoint de Saint-Servan chargé des affaires sociales. En 1970, il fait partie de la Délégation spéciale, chargée de la création du "grand Saint-Malo" qui procède à la fusion des trois villes : Saint-Servan, Paramé et Saint-Malo. De plus il fait partie de plusieurs conseils d'administrations, dont pour certains il est président ou vice-président. Cofondateur de l'Association Nationale Croix de guerre et valeur militaire de l'arrondissement de Saint-Malo, dont il devient vice-président d'honneur.

De 1978 à 1986, à Paris, il prend la direction d'une société spécialisée dans la fabrication de matériel médico-chirurgical axée vers l'exportation.

Le 1er octobre 1986, il se retire dans les Côtes d'Armor, au pays de son épouse avec qui il a eu deux enfants. Il prend sa retraite mais ne reste pas inactif en s'investissant pleinement et bénévolement dans de multiples associations, tant à caractère social que patriotique : Fédération de l'Amicale des Réseaux de Renseignements et d'Évasion de la France Combattante (F.A.R.R.E.F.C.), Union Départementale des Côtes d'Armor des Combattants Volontaires de la Résistance (CVR) et l'Association des Résistants des Côtes d'Armor (ARC), Comité de liaison de la Résistance et Déportation des Côtes d'Armor, O.N.A.C., Amicale des Français Libres, vice-président National du Comité d'Action de la Résistance chargé des départements bretons y compris la Loire-Atlantique etc.

En mai 2013, avec son épouse Jeannine, il revient en Ille-et-Vilaine. Le couple s'installe dans une résidence séniors à Saint-Malo où là aussi il continue à s'engager dans différentes associations : Membre de l'ANACR, membre depuis des années du Conseil d'administration de Musée de Saint-Marcel où il s'est beaucoup investi pour sa sauvegarde, c'est un membre très actif du Comité d'Organisation du Concours National de la Résistance et de la Déportation… 

Le vendredi 23 octobre 2015, Pierre et son épouse se font véhiculer à Rennes par un ami pour faire une surprise à son camarade, Guy Faisant qui fête ce jour-là ses 90 ans. À son retour à Saint-Malo, heureux d'avoir revu une bonne partie de ceux qu'il affectionnait plus particulièrement, Pierre est victime d'un malaise. Hospitalisé en cardiologie à l'hôpital de Saint-Malo, Pierre décède le lundi 26 octobre 2015.

Pierre a aussi publié : Les Capitaines corsaires d'origine acadienne en 1995 et écrit divers articles sur la guerre de course, la pêche à Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Distinctions françaises et étrangères:

Croix de Guerre 39-45
Médaille de la résistance française
Croix du Combattant Volontaire 39/45 et Combattant Volontaire de la Résistance
Croix du Combattant de moins de vingt ans
Médaille Coloniale
Médaille reconnaissance française
Médaille Militaire Française
Croix de Guerre Belge avec palme
Médaille de la Résistance Belge
Médaille du Volontaire de guerre combattant Belge
Médaille des S.A.R. (USA)
Officier de l'Ordre National du mérite
Officier de l'Ordre NationalLégion d'Honneur

demalvilain-80.jpg (13434 octets)

 Notice biographique: Joël DAVID

 

 

    accueil-mdg1.gif (1380 octets)