Jean LIGONDAY

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 Joseph GRATIEN, un long parcours de déportation et les tracasseries administratives

Joseph, Marie, Eugène Gratien est né le 18 mai 1907  à Rennes (Ille-et-Vilaine). Au début de l’année 1943, il travaille comme ajusteur à l’entreprise Pi-Park, route de Lorient à Rennes. Plutôt que de partir en qualité de requis pour l’Allemagne, Joseph Gratien se met au service des Allemands, à la Kriegsmarine (marine de guerre allemande). Beaucoup de bicyclettes, raflées par les Allemands, sont stockées dans les locaux de l’entreprise. Gratien en dérobe un certain nombre qu’il emmène soit chez un nommé Moisan, soit chez un commerçant, cafetier-restaurateur, du nom de Becdelièvre, afin de les livrer au maquis de Messac-Guipry (Ille-et-Vilaine). Ce trafic est découvert, suite à l’arrestation d’un homme « Jo » qui est contraint, sous l’effet de la torture, de révéler aux policiers allemands ce qui se tramait depuis deux mois environ. Le 10 février 1943, au soir, Joseph Gratien est arrêté par des policiers en civil,  à son domicile, 24 place des Lices, à Rennes. Il est alors conduit dans les caves de la Faculté des Lettres, place Hoche, pour y passer la nuit. Le lendemain, il est emmené dans celles de l’Hôtel Caradeuc, rue de Fougères. Pendant ce temps, une perquisition du domicile permet de découvrir des tracts de la Résistance et des  portraits du Général de Gaulle. De l’hôtel Caradeuc, Joseph Gratien est alors dirigé sur la Croix Rouge, route de Saint-Brieuc. La milice l’interroge sur les organisations de Résistance et le garde une nuit durant. Il est embarqué par camion à destination de la prison Jacques Cartier. Il y reste jusqu’au 17 avril 1943. Il est condamné le 20 mars 1943 par le tribunal allemand de Rennes à un an de forteresse. Il  rejoint la prison de Fresnes pour une durée de trois jours. Commence alors la déportation par chemin de fer à destination de l’Allemagne, puis de la Prusse-Orientale. Joseph Gratien transite par Karlshure, Francfort-sur-le-Main(Francfort)  Breslau, Thorn, Posen.  Gratien arrive à Königsberg pour trois mois environ. Il est dirigé ensuite sur Stuhm où les Russes le libèrent au début de mars 1945. Le retour s’effectue par Lublin, à pied, puis par chemin de fer jusqu’à Odessa (ville d’Ukraine).  Il embarque le 28 mars sur un bateau anglais et descend à Marseille. Il retrouve Rennes dans les premiers jours d’avril 1945.

Outre les approximations de dates d’internement, Joseph Gratien ne peut apporter la preuve que les bicyclettes volées étaient destinées au maquis de Messac-Guipry. Le vol et le recel relèvent donc d’une infraction de droit commun. Il n’obtiendra jamais la qualité de déporté politique (décision de rejet du 11 avril 1968).

SOURCE : AVCC, Caen.

Daniel Heudré

   
Sources:
1 Mémoire de Granit