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Témoignage de Francis HERVÉ sur l'équipée tragique du Wega

Baie de Morlaix 8heures du soir le 15 décembre 1940

16 jeunes gens dont je suis présent brusquement, le temps étant propice pour mettre à exécution un projet depuis longtemps caressé: se rendre en Angleterre et continuer la lutte  aux côtés des alliés. En groupe, nous nous rendons au Dourduff (petite bourgade plantée dans l'estuaire de la rivière de Morlaix). En arrivant , la lune se lève et menace anxieusement de nuire à notre expédition. Il est décidé que dix camarades, dont je suis présent, se rendent à Kéramel (pointe rocheuse située à la sortie de la baie) là où nous devons attendre les six autres camarades chargés d'embarquer l'essence et prendre l'embarcation (pinasse à moteur de 9,80m de long). Enfin nous voilà tous embarqués joyeusement. Aussitôt le départ, tout le monde s'allonge au fond tant bien que mal. Un copain à la main sur le tuyau d'échappement pour atténuer le bruit, un second posté à l'avant, veille. Nous sortons des passes et nous naviguons à proximité du château du Taureau, occupé par une garnison allemande, chargée de la surveillance de la côte. Nous voguons vers le large, jusqu'à minuit. Tout marche à merveille à bord. Tout à coup, le vent se lève, la mer devient moutonneuse et tourne à la tempête. Les nuages nous cachent les étoiles, notre compas tombé à fond de cale est faussé et pour comble de malchance, le moteur tombe en panne. Secoué terriblement au risque à chaque instant de chavirer. Nous voyons le jour qui se lève, la tempête augmente encore d'intensité. Impossible de tenir le cap, il faut naviguer vent arrière et le vent du suroît nous pousse sur les côtes de Guernesey, où nous arrivons vers 13 heures le 16 décembre 1940, évitant de justesse les brisants pour débarquer dans une toute petite anse. Aussitôt débarqués, nous fûmes saisis et mis en prison par une garnison allemande. Interrogés,et transférés à Jersey le 6 novembre 1941. Nous passons le 4 février 1941 devant la Cour martiale où quatre d'entre nous sont condamnés à la peine de mort. Défendu par le capitaine Pilling, avocat du Reich, trois sont graciés et notre camarades François Scornet est exécuté le 17 mars 1941 à 8 heures au matin. Enfin depuis le 20 mars 1941 nous voila à Caen, ravalés au rang des voleurs et assassins, mais la tête haute conscient d'avoir jusqu'au bout fait notre devoir.

F. Hervé

 

Lettre de Francis Hervé envoyée à son oncle et sa tante le 4 août 1941 de la prison centrale de Caen

Source: Christiane Gianini

 

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