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Roger JOUAN

 Roger Jouan est né le 20 janvier 1924 à Rennes. Il raconte sa vie de Résistant déporté.

Je n’ai pas entendu l’appel du général de Gaulle mais je crois que nous l’avons lu dans les journaux car nous l’avons su assez vite. Les gens, autour de moi, n’en parlaient pas beaucoup.

J’en ai eu vite marre de voir les Allemands occuper notre pays, arrêter des Français et en fusiller. En 1941, j’ai décidé de partir rejoindre le général de Gaulle à Londres. Je suis parti avec quelques affaires et un peu d’argent et j’ai pris le train. Je voulais me diriger vers l’Espagne pour passer en Angleterre. C’était la filière la plus courante.

Je pensais franchir facilement la ligne de démarcation. Malheureusement, j’ai été arrêté au moment de passer et j’ai été emmené à Tours et enfermé dans une caserne. J’y suis resté un mois. Les responsables ont demandé des volontaires pour une corvée. J’y suis allé et j’en ai profité pour me sauver.

Cette fois, j’ai réussi à passer la ligne de démarcation grâce à des gens qui m’ont indiqué une filière. Je l’ai passée à Bléré-la-Croix. J’étais libre mais je n’avais plus rien, plus d’affaires et plus d’argent.

Je suis passé par Limoges, Montauban, Toulouse. Mais, j’avais faim et j’étais épuisé. Je me suis fait héberger dans « un camp de Jeunesse » instauré par Pétain. Dans ces camps, on faisait de la préparation paramilitaire. Moi, pendant 8 jours, j’ai fait du sport et j’ai eu des cours sur « la patrie », la « grandeur de la France » et on nous disait que c’était la faute des communistes et du Front Populaire si on avait perdu la guerre. On nous enseignait toute l’idéologie de Pétain. Enfin, je me suis un peu requinqué physiquement pendant 8 jours.

Ensuite (on était déjà en 1942), je suis parti à Toulon et je me suis engagé dans la Marine comme apprenti électricien. Mais il y a eu le sabordage de la flotte à Toulon et on m’a rapatrié à Rennes. Je n’avais pas réussi à passer en Angleterre.

A Rennes, j’ai rencontré Guy Mahé qui m’a parlé de la Résistance et m’a confié quelques tâches : distributions de tracts, de journaux. Le chef de groupe était Maître Chapelet, avocat ; son adjoint était Charles Scotti, tailleur ; les réunions avaient lieu dans une salle du diocèse, boulevard de la Liberté.

En 1943, on m’a proposé de devenir agent de liaison. Je portais des messages à des responsables départementaux et même nationaux et à différents maquis.

Moi, j’étais jeune, j’avais besoin d’argent, je cherchais du boulot. Les Allemands m’ont embauché pour garder les voies de chemin de fer. Cela me permettait d’avoir un laissez-passer officiel pour mes activités. J’avais une carte attestant que j’avais le droit de me déplacer le long des voies pour surveiller. J’étais chargé de surveiller la ligne de Rennes à Noyal-sur-Vilaine. Je devais signaler aux Allemands si je voyais « des vilains terroristes » en train de préparer un déraillement. En fait, si j’en avais vu, je crois que je serais plutôt allé les aider à déboulonner les rails. Je faisais mon tour en vélo mais, quelquefois, pour revenir, je mettais le vélo dans un wagon.  

Le 16 décembre 1943, j’étais au maquis de Plerguer avec un agent qui avait été parachuté car il venait de Londres. Il venait pour organiser des stages pour apprendre à se servir des armes et des explosifs en vue de la préparation d’un débarquement. Nous sommes revenus le soir même et je suis revenu le 23 décembre au maquis de Plerguer.

Je suis arrivé à la gare de Plerguer avec une valise pleine de documents. Sur le quai, j’ai vu un gars qui faisait partie du maquis. Je lui ai serré la main… Rien de drôle à ça. Mais, en entrant dans la gare, les agents de la Gestapo m’attendaient et m’ont mis aussitôt les menottes. Le gars était un traître. Il a fait prendre ainsi 33 personnes : une vingtaine du maquis et quelques personnes de Plerguer qui nous aidaient. Il a été descendu à Guingamp (sa ville natale) un peu plus tard. Le maquis de Plerguer a été anéanti à cause de lui.

Les Allemands m’ont transféré à Rennes, à la cité des Etudiants où ils avaient leurs bureaux. J’ai été battu, torturé, puis envoyé à la prison Jacques Cartier. De là, le camp de Royallieu à Compiègne ;  puis, j’ai été déporté à Buchenwald où je suis resté du 27 janvier 1944 au 11 avril 1945. J’avais le matricule 43507.

Je suis revenu à Rennes le 23 avril 1945, je pesais 38 kg. Comme je n’avais pas de famille qui puisse m’accueillir, des amis de la Résistance m’ont dirigé vers  le château de Mademoiselle Andrée Récipon à Laillé où je suis resté 3 mois et où j’ai connu mon épouse.

Mademoiselle Récipon qui a été, elle-même, une grande Résistante proche du général de Gaulle, a accueilli ainsi beaucoup de déportés qui avaient besoin de se refaire une santé avant de penser à chercher un travail.

 

                                      Propos recueillis par Renée Thouanel-Drouillas.

 

 

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