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Témoignage de Lucien LE MOAL du 16 novembre 1944 sur les sévices subis lors de son emprisonnement

"Chef de district au Ravitaillement général du Morbihan depuis le 12 mars 1942, j'ai été arrêté le vendredi 28 mars 1944 à Guéméné-sur-Scorff par cinq agents de la Gestapo (trois civils armés de mitraillettes et deux militaires armés de revolvers) à 7h30.

Aussitôt emmenés à Pontivy, j'y suis arrivé à 8h00. Après quelques minutes d'interrogatoire qui m'apprirent que j'étais suspect d'appartenir à la Résistance, je fus couché sur une table dans une pièce du Palais de Justice (feldgendarmerie). Deux agents qui m'avaient arrêté, plus un nommé KREUGUEL (ancien représentant de commerce) s'armèrent d'une courte trique et deux nerfs de bœuf et tandis que l'un me maintenait la tête entre ses jambes, tous trois se mirent à me frapper à coup redoublés.

Cela a duré de 8h10 à 13h00 avec des interruptions de 2 à 3 minutes toutes les 10 minutes.

On voulait me faire avouer que j'étais un chef de la résistance, que je connaissais MEILE, GEORGES, CADOUAL, MORICE et Auguste VIGOUROUX (en quoi, ils avaient d'ailleurs raison).

Conduit à Vannes, vers 13h00, j'ai dû faire le voyage sur les genoux, ne pouvant m'assoir. Nous sommes arrivés à Vannes, vers 15h00 à la Gestapo. j'ai été immédiatement confronté à VIGOUROUX.

De 15h30 à 20h30, j'ai de nouveau été bastonné suivant la méthode sus-dite. Après quoi, je fus envoyé au cachot à la prison de Vannes, menottes aux pieds et aux mains.

le lendemain midi, n'ayant encore rien mangé depuis le jeudi soir, j'ai quitté Vannes en car vers 21h00. A mon arrivée à Rennes seulement, on me donna à manger. je restai en cellule jusqu'au mercredi. ce jour là, nouvel interrogatoire bastonnade pendant une douzaine d'heures.

Mercredi suivant, on m'interroge à nouveau vers 8h30 comme je m'obstine à ne pas répondre aux questions que l'on me pose. Je suis déshabillé, puis assis dans une baignoire, pieds et mains enchaînés . l'eau était certainement à plus de 40°. celle-ci est vidée au bout de 20 minutes et remplacée par de l'eau froide dans laquelle sont mis des blocs de glace.

L'interrogatoire reprend à ce moment.

Comme je ne parlais toujours pas, un des policiers me met la tête sous l'eau pendant qu'un autre me tire les pieds pour faciliter l'opération. au moment de l'étouffement seulement, on me ramène à l'air.

Cela dura plus de 4 heures. Je crachais le sang et recevais des coups de poings pour cela.

Le mercredi après, je fus ramené à l'immeuble de la Gestapo. Nouvel interrogatoire, sans résultat.

Un policier, FISCHER a allumé une lampe à alcool et a commencé à me brûler la plante des pieds(sous les doigts et au talon). Je porte après 4 mois mois les traces de ces brulures.

Le 6 juin, je suis appelé pour signer ma condamnation à mort au nom de Charles LE MOAL. Je refusai de signer.

Je saurai quelques jours après du  train qui m'emmenait à Compiègne.

J'ai rejoint les FFI à Nord-sur-Erdre fin juillet.

Je faisait partie de la Résistance depuis le 27 juillet 1940 officieusement et officiellement en mars 1943.

J'ajoute que je sais que Monsieur LE MAUFF, notaire à Allaire, emprisonné à Rennes, dans sa cellule , voisine de la mienne, après avoir été bastonné à Redon, a été de nouveau torturé à Rennes. Comme il demandait à boire, on lui fit boire de l'acide sulfurique mélangée à de l'eau.

Pendant  jours, M. LE MAUFF resta en cellule sans soins. Au bout de  10 jours, il fut conduit à l'hôpital où il mourut."

Source: ADIV 1045 W 7

16/05/2017