Ed: 11/11/2017

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Davis MAICAS

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur la Résistance en Ille-et-Vilainewrite5.gif (312 octets)

 

 

Né en 1923 à Casablanca de parents espagnols, Davis Maicas fait ses études en langue française à Casablanca. La famille revient en Espagne du fait de la guerre civile. Davis se sent proche des Républicains espagnols mais il n’a que 16 ans en 1939, à la fin de la guerre d’Espagne et comme il ne peut fuir, il se trouve enrôlé dans l’armée de Franco. La guerre civile espagnole a duré de 1936 à 1939 mais Franco est resté au pouvoir jusqu’à sa mort en 1974.  

Davis Maicas est mort en 2013 mais je l’avais rencontré en 2010 et il m’avait raconté sa jeunesse de combattant.

          J’étais républicain et nous avons été écrasés par Franco. Ceux qui ont pu fuir par le nord se sont retrouvés en France et souvent, ils ont continué la lutte contre le fascisme en s’impliquant dans la Résistance. J’étais trop jeune et je me suis retrouvé enrôlé dans l’armée franquiste.

         Nous écoutions la radio que nous voulions, Franco n’interdisait pas d’écouter la radio, il n’avait pas d’ennemi sauf les Républicains espagnols. Il était bien avec la France et l’Angleterre qui n’avaient pas voulu intervenir contre lui. Il était l’ami d’Hitler et de Mussolini qui l’avaient largement aidé. Donc, j’écoutais la radio et tout de suite, j’ai su que de Gaulle avait appelé à résister et j’étais content. Mais j’étais dans l’armée espagnole… 

         En juin 1941, Franco a créé la division AZUL (en français la « division bleue », en allemand « Blaue division »). Cette division était mise à la disposition de la Wehrmacht de l’Allemagne nazie qui devait équiper les soldats pour aller combattre sur le front de l’est. La division était ainsi appelée à cause de la couleur des chemises portées par ses membres. La division sera, en particulier, utilisée pour encercler Leningrad et sera responsable de la mort, par la faim et le froid, d’un million de civils.

         « Je devais partir dans cette division et moi, je ne voulais pas aller me battre aux côtés des nazis contre l’URSS. Des amis m’ont dit :

« Attention, Franco a une dette envers Hitler. Ils vont t’envoyer te battre contre l’URSS. Ils vont t’embarquer à Valence, direction Odessa et là, il faudra te battre avec les nazis.

_ On va t’aider à t’échapper. Quand tu seras sur le bateau, le soir, au moment où les familles viennent dire au revoir à leur soldat, tu vas te déshabiller et plonger dans la mer. Tu ne risques rien car, à ce moment-là, l’hélice ne tourne pas puisque le bateau est tiré par un remorqueur pour sortir du port. » 

         C’est ce que j’ai fait. Un petit bateau est venu me prendre  et nous sommes partis en direction de l’Algérie. Puis, j’ai été transféré sur un bateau de pêche un peu plus grand et nous sommes arrivés à Benissaf en Algérie. C’était un port de pêche occupé par les Allemands et les Italiens ; ils ne nous ont rien dit puisque nous étions censés être des pêcheurs espagnols.

         Là, les amis m’ont donné un peu d’argent et, par le train, je suis parti à Casablanca. Je me suis rendu à la gendarmerie et je leur ai dit :

_ « Je suis un déserteur espagnol et je veux m’engager dans l’armée du général de Gaulle ».

Comme je n’étais pas français, ils voulaient me mettre dans la Légion Etrangère mais j’ai refusé. Je voulais aller dans l’armée française mais pas dans celle de Pétain ni dans la Légion. Finalement, ils m’ont engagé comme « volontaire à titre d’étranger pour la durée de la guerre ». Ils m’ont fait une espèce de livret militaire avec mes empreintes et ils m’ont accompagné à une caserne où on formait les nouveaux soldats pour une formation à l’américaine.

         Ils m’ont envoyé en Algérie et en Tunisie pour faire des exercices d’embarquement et de débarquement. Il fallait s’initier au langage et au matériel américain.

         Le 15 août 1944, on a débarqué en Provence. On a soulagé les Résistants mais ils nous avaient bien facilité la tâche. Grâce à eux, ce débarquement a été beaucoup moins sanglant que celui de Normandie.

         Nous étions sous les ordres du général de Lattre de Tassigny. Nous avons pris Marseille et Toulon et nous avons remonté assez facilement vers le nord. Hitler avait donné l’ordre à ses troupes de se replier plus haut pour nous attendre et nous repousser. Nous sommes arrivés dans les Vosges en plein hiver. Il faisait un froid abominable et nous avons beaucoup souffert. Il faut dire qu’en Algérie la température pouvait monter à 42° et 4 mois plus tard, dans les Vosges, nous avions – 22°. Cela nous faisait une différence de 64°.

         Les Américains nous donnaient des rations mais nous ne pouvions pas les chauffer. Souvent, les fermiers nous servaient une bonne soupe bien chaude et, en échange, nous leur laissions quelques boîtes de conserve.

         Puis, nous avons délivré Colmar en Alsace et nous avons pénétré en Allemagne. Nous sommes allés jusqu’au Danube, c’est pour cela que notre armée, la 1ère armée, s’appelle « Rhin et Danube ».

          J’ai été libéré à Noël 1945 puisque je n’étais engagé que pour la durée de la guerre. Tous les copains ont réussi à se caser dans une administration comme la police, les douanes… Mais moi, je n’avais pas la nationalité française, j’étais toujours un étranger, même si je m’étais battu pour libérer la France. J’ai été obligé de rester dans l’armée.

         Je n’ai pu obtenir la nationalité française qu’en 1949 grâce à l’intervention de Madame de Lattre de Tassigny.

 

                                      Propos recueillis par Renée Thouanel-Drouillas 

 

   11/11/2017