Pour m'écrire memoiredeguerre35@yahoo.fr

- Liste des biographies

 

    ANGELE MISERIAUX

 

Angèle Racineux naît le 1er novembre 1891 à Thourie (35). Le 7 octobre 1919, elle épouse Emile Misériaux et le jeune couple s’installe dans la ferme de la Hertière à Forges-la Forêt (35). Le premier enfant, Emile, naît en 1920 ; suivent trois garçons et une fille : Marcel, Noël, André et Denise (des jumeaux) et enfin, la benjamine Raymonde.

En 1934, la famille s’établit dans la ferme de la Haye Veillette en Martigné-Ferchaud, donc toujours en Ille-et-Vilaine. En 1937, Emile Misériaux décède et Angèle reste seule avec ses six enfants et la ferme à tenir.

Lors de l’arrivée des Allemands en 1940, l’aîné est déjà mobilisé, elle prévient ceux qui sont à la maison : « Il faudra faire tout ce qu’on pourra pour que les Allemands ne gagnent pas cette guerre ». Ils ont entre 9 ans et 18 ans.

Elle entre dans le réseau Buckmaster, branche « Oscar », le 1er juillet 1943 et y est très active.

-          Elle accueille un radio britannique, le lieutenant Georges Clément dit « Georges », parachuté le 25 juillet 1943 à la suite du message « J’aime le son du cor au fond des bois ».

-          Elle accueille aussi et cache des évadés, des réfractaires au STO, des aviateurs anglais parachutés ou abattus, un pilote américain. « Je faisais plus jeune que mon âge, dit Marcel Misériaux. J’étais chargé d’aller porter les fausses cartes que je transportais cachées dans mes souliers. Sans elles, les gars camouflés ne se risquaient pas à sortir. »

-          La ferme devient un centre d’instruction. Les responsables du réseau, dans ce secteur, sont deux étudiants réfractaires au STO : Bernard Dubois de Rennes et Jean Richard de Martigné-Ferchaud. Ils sont en liaison avec le colonel Maurice Buckmaster à Londres. Ils sont aussi en contact avec Herminie Prodhomme de Rennes.

-          Marcel Misériaux raconte : « Le lieu de rassemblement était, soit chez nous, à la Haye Veillette, soit dans une grande baraque que nous avions montée au cœur d’un fourré, au fond d’une ancienne carrière remplie de branchages. On ne pouvait pas la voir d’en haut. Tout le quartier en connaissait l’existence. Personne n’en a jamais parlé. A force de chercher, le garde-champêtre a fini par la localiser. Mais nous avions été prévenus : quand il s’est présenté, en pleine nuit, avec des Allemands, il n’a trouvé qu’un gros tas de fagots ! »

 Différents parachutages ont lieu dans la région de Martigné-Ferchaud. Citons deux messages utilisés pour avertir les Résistants : « Cette nuit, tous les chats sont gris » ou « Les poissons du lac sont rouges ». Tous ces évènements rendent la Gestapo locale et leurs collaborateurs très actifs. Plusieurs Résistants sont arrêtés. Ils essaient de ne pas parler mais ils en disent quand même trop et c’est une vague d’arrestations.

            Le 7 décembre 1943 à 20h30, des soldats allemands viennent arrêter Angèle Misériaux dans sa ferme. « Heureusement, ils n’ont pas fouillé, dit Marcel, son fils. Il y avait des armes dans la cave et je n’avais pas eu le temps de cacher les fausses cartes dans le tas d’avoine du grenier comme d’habitude…J’ai demandé à partir à la place de ma mère. Ils ont dit : Non, nous voulons la responsable de la maison. »

           

miser.jpg (94684 octets)

Monsieur Marcel Misériaux à la ferme de la Haye Veillette à Martigné-Ferchaud

 

Vingt-cinq personnes de Martigné-Ferchaud sont arrêtées en quelques jours. Douze mourront en déportation.

            Angèle Misériaux est emmenée d’abord à Châteaubriant puis à Rennes, à la prison Jacques Cartier. Dans ses souvenirs, Madeleine Lerat, du réseau Oscar Parson de Guer Comblessac, a écrit ceci : «  A un moment, je me trouvais avec une femme de Martigné-Ferchaud qui avait six enfants dont une petite fille qui lui avait dit : Oh Maman, tu ne vas pas mourir ? La pauvre dame pleurait souvent et répétait : Ah ! Mes pauvres enfants… »

            Le 21 mars 1944, elle est emmenée dans un groupe de 20 personnes à destination du Fort de Romainville. Son fils aîné qui est alors à l’école de gendarmerie de Paris, tente de lui rendre visite mais on le lui refuse. Il peut quand même voir que le nom de sa mère est écrit en rouge sur le registre d’écrou. Le même jour, il y a, dans le fort, une inspection de la milice par Jacques Doriot et celui-ci porte l’uniforme d’officier allemand.

            Le 13 mai 1944, Angèle Misériaux fait partie d’un convoi qui part de la gare de l’Est, direction l’Allemagne. Elle arrive à Ravensbrück le 18 mai 1944 et on lui attribue le matricule 38 945.

            Comme toutes les déportées, elle travaille très dur, sans manger à sa faim, sous les coups et les insultes… Au bout de huit mois, elle est complètement épuisée. D’après un témoignage de Madame Arrighi, une communiste parisienne, compagne de captivité, les Allemands lui auraient proposé de l’emmener dans une infirmerie, mais c’était sans doute un piège car personne ne la reverra dans le camp.

D’après le registre du camp, elle serait décédée le 25 janvier 1945, dans quelles circonstances ? On ne le saura jamais car les Nazis ont détruit les archives du camp avant de s’enfuir. Elle avait 53 ans. Le camp sera libéré par les Russes, le 30 avril 1945.

Marcel, son fils, était présent lors de l’arrestation de sa mère. Il déclare : « Après son départ, je ne l’ai jamais revue. J’ai simplement reçu d’elle un message jeté sur une voie ferrée. Il disait : « Prenez bien soin de ma petite Raymonde ». Ma mère, malgré ses six enfants, avait consciemment fait le choix de la Résistance. Autour d’elle, le groupe a fait tache d’huile. Les Allemands n’ont pas pu arrêter tout le monde. »

En juin 1988, la rue de Martigné-Ferchaud qui conduit à Thourie a été baptisée « rue Angèle Misériaux ». Trois cents personnes assistaient à la cérémonie.

 

                                                           Renée Thouanel-Drouillas

 

D’après un texte écrit par un de ses enfants.