Liste des biographies

Pour enrichir la mémoire du passé, je recherche tout témoignage sur les prisonniers de guerre et  sur des faits de Résistance  en Bretagne avec documents   write5.gif (312 octets)

 

HENRI MONNERAIS

Né le 19 juillet 1915, à Ercé-près-Liffré. (Ille-et-Vilaine)

monner1.jpg (14413 octets)Après l’école primaire - à Thorigné, il eut comme instituteur Albert Aubry qui donne son nom à une rue joignant le boulevard Magenta à l’avenue Janvier - comme on le faisait fréquemment en ce temps-là, il recherche un travail : après un essai comme apprenti boulanger, il renonce, fait un passage dans les murs du " Nouvelliste " et se tourne enfin vers les métiers de l’horticulture.

Il montrait des qualités sportives puisqu’on rapporte qu’il se livra à des exercices d’équilibre sur fil au-dessus de la Vilaine.

monner250.jpg (23564 octets)Il fait son service militaire en 1936-38, acquiert le grade de sergent et se marie le 6 janvier 1940.

A partir de 1943, dans la Résistance, il participe du réseau Bordeaux-Loupiac (1) - spécialisé dans la récupération des aviateurs alliés dont l’avion a été abattu - et du mouvement Libération-Nord.

Il est donné par Roger Huguen, dans son livre " Par les nuits les plus longues ", comme adjoint d’André Heurtier, responsable de Bordeaux-Loupiac et fondateur de Libération-Nord en Bretagne.

Il est possible, si on s’en rapporte au même auteur (2), qu’au soir du 10 octobre 1943 il ait, en compagnie de son réseau, dîné au " Cheval d’Or " avec le groupe de Jean-Claude Camors qui arrivait de Paris, probablement sans connaître le vrai nom de Camors, qui sera abattu le lendemain au Café de l’Époque, rue du Pré-Botté à Rennes.

Grâce aux membres du réseau Bordeaux-Loupiac et à Camors, une soixantaine d’aviateurs alliés seront évacués à partir de la Bretagne entre le 22 octobre 1943 et le 22 janvier 1944.

Il prit en charge un aviateur anglais victime des tirs allemands au-dessus de la Chapelle-des Fougeretz ; après l’avoir caché, route de Fougères à Rennes, dans une cabane au fond d’un jardin, il le convoya à Bédée où il le confia à Félix Jouan, un autre membre du réseau (qui fut lui aussi déporté)

L’Anglais s’appelait Leslie Brown (3). Il était le navigateur, seul survivant des trois occupants de l’avion.

Il prit en charge de la même manière deux pilotes américains et les cacha à Rennes dans la maison d’amis. Cette maison existe toujours boulevard Marbeuf à Rennes.

Des gens de sa famille et de son entourage lui apportèrent leur appui dans ces activités.

Il s’occupait de fournir en faux papiers les aviateurs recueillis et en emmena sur son tandem devant ce qui était à l’époque, place Hoche, la Faculté des Lettres où ils photographiaient subrepticement les allées et venues du personnel allemand installé dans les murs.

Il fut arrêté chez lui, 2 rue Leperdit, le 5 février 1944. S’il joua de malchance, un groupe de personnes (des Résistants, des aviateurs ? on ne le sait plus), accueilli la veille dans cet appartement - selon un mot de sa femme : " S’ils (la Gestapo) étaient venus hier, il y avait beaucoup de monde " - eut, à 24 heures près, un meilleur sort.

Enfermé à la prison du boulevard Jacques-Cartier, il monte "dans un convoi venant de Quimper  le 29 juin 1944 avec plusieurs centaines de prisonniers pour Compiègne . Ce transport passe par Redon, Nantes, Angers, Saumur, Saint-Pierre-des-Corps, Bourges, Nevers, Montargis et arrive a Compiègne le 12 juillet 1944. De nombreuses évasions ( plus de 17) ont eu lieu au cours de ce transfert pour la plupart le 1er juillet aux environs d’Ancenis." .(Livre mémorial des déportés de France . Tome 2. Page 1282).

Le 28 juillet, il est déporté vers l'Allemagne.

"Le transport parti dans la soirée du vendredi 28 juillet 1944 est le quatrième dirigé directement vers le KL Neuengamme depuis la fin du mois de mai 1944.Embarqués dans des wagons a bestiaux, les 1652 déportés   y passent trois nuits avant d’arriver a la gare de Bergedorf, près du camp, le lundi 31 juillet, au matin. Des déportés ont pu relever les différentes étapes du trajet, par les villes de Soissons, Reims, Charleville-Mézières, Sedan, Carignan, Longwy, Audun-le-Roman, Thionville en France, puis Trèves, Cologne, Hambourg et Bergedorf en Allemagne. En cours de route, le train est stoppé plusieurs fois en raison des bombardements opérés par les aviations alliées et des tentatives d’évasion. A Soissons, les Allemands découvrent dans l’un des wagons une brèche ouverte par des détenus. Ils exigent que les responsables se dénoncent, ce qu’ils obtiennent après avoir menacé de tirer sur tous les occupants du wagon. Les jeunes gens sont fusillés sur la voie ferrée. A Reims, deux autres détenus, qui ont tenté de s’évader, sont également fusillés. Ces 4 tués sont toutefois transportés jusqu’à Neuengamme, où ils sont immatriculés".(Livre mémorial des déportés de France . Tome 2. Page 1282).

A Neuengamme, le "matricule 44659" est dit avoir occupé le block 9 (déclaration de Georges Heurtier)

Décembre 44 - janvier 45, a travaillé aux usines Hermann Goëring à Brunswick.( 2700 prisonniers dans les énormes aciéries H.Goering à Watensted –Gal Pierre Brunet )

Février 45, retour à Neuengamme; envoyé à " Mepel " à la frontière hollandaise. (Il semble qu’il faille lire " Meppen " . ( 2000 prisonniers dans ses chantiers de fortifications. Il fallait créer un dispositif antichar au long de la frontière hollandaise. Le travail était mené à une cadence infernale. C’était le bagne parmi les bagnes - Pierre Brunet )

7 avril 45, "vivant et malade à l’infirmerie de Neuengamme" (Sainclivier et le Bris) ; "couché et intransportable", (Le Bris)

5 mai 45, deux Français, retournés au camp vidé sur l’ordre de son chef Max Pauly, rencontrent une patrouille anglaise de reconnaissance motorisée

Henri Monnerais est  porté disparu.

18 mars - 3mai 1946, jugement et condamnation des responsables nazis en charge du camp

7 décembre 1948, jugement officiel de décès pour Henri Monnerais

  • Médaille de la résistance (15 août 45)

  • Croix de guerre (10 novembre 45)

  • Medal of Freedom (25 avril 46)

27 février 54, déclaré "Mort pour la France" à titre militaire. Obtient la qualité, à titre posthume, de "Déporté Résistant" ( carte n° 100421357, du 27-02-1954)

23 février 98, la mention " mort en déportation " est officiellement portée sur les actes

monner3.jpg (18146 octets)La rue qui, à RENNES, porte son nom avoisine les Prairies Saint-Martin ; entre le canal d’Ille-et-Rance et les Prairies, elle est parallèle au canal.

      

NOTES

(1) " Ce jour-là, un dimanche, le groupe Heurtier avait en subsistance 25 aviateurs anglo-américains. André Heurtier était responsable régional du réseau Bordeaux-Loupiac (…) Grâce au dévouement de quelques agents parmi lesquels Henri Monnerais, adjoint de Heurtier, Louviot, Mabille, Allanic, Jouan, minotier à Bédée, Uxaut, Gorgiard, Mme Prodhomme, Mme et Melle Tanguy, l’organisation était parvenue à sauver de la capture un certain nombre de parachutistes qui avaient été dirigés (…) vers Camaret ".

Roger Huguen, " Par les nuits les plus longues ", Coop Breizh, 1974, rééd. 2003 (p. 136)

(2) " Camors téléphona à Heurtier, pharmacien place des Lices à Rennes, pour lui annoncer son passage le surlendemain 11 octobre…Camors donnait rendez-vous à son correspondant dans l’après-midi au café de l’Époque, rue du Pré-Botté - avec les conséquences dramatiques qu’on connaît..

" Y . Vourc’h reste persuadé que la conversation a très bien pu être interceptée par les services d’écoute ".( Op. cit. p. 135)

(3) Dans le livre de Roger Huguen, Leslie Brown est donné comme un aviateur américain, de Beverly (même référence que ci-dessus p. 391)

Le 13 janvier 1944, Félix Jouan, minotier à Bédée, convoie Aristide Sicot à Rennes. Sur la place devant le théâtre, ils attirent malgré eux l’attention de deux feldgendarmen. A. Sicot leur échappe mais F. Jouan est arrêté. Dans la voiture, du matériel compromettant.

L’agent arrêté devait essayer de tenir au moins 48 heures puis, ce délai écoulé, dire ce qu’il savait pour éviter les tortures extrêmes ou bien " dénoncer " un combattant qu’il savait (ou croyait) en sécurité à Londres. C’était aux autres de prendre leurs dispositions au plus vite.

Sicot téléphone à la femme de Jouan à Bédée et l’invite " à tout de suite expédier les colis ". Il insiste sur " tout de suite ". Madame Jouan comprit d’autant mieux qu’elle hébergeait un aviateur américain.

(en note : sans doute Leslie Brown de Beverly)

Félix Jouan, arrêté, affirme que le propriétaire des valises compromettantes trouvées dans la voiture est son passager occasionnel. Sa prétendue bonne foi était sur le point d’être reconnue quand une dénonciation révéla que son fils avait clandestinement rejoint de Gaulle. L’arrestation est confirmée.

Un groupe téméraire de Résistants s’apprêtait à délivrer F. Jouan de sa prison à Rennes mais les proches de Félix Jouan s’opposèrent à cette réalisation.

Une note à la fin du chapitre déclare que " les Britanniques se montrèrent satisfaits de ce que Sicot n’ait pas utilisé l’arme qu’il possédait lors de l’arrestation de F. Jouan, ce qui selon eux aurait entraîné l’exécution d’otages ". (op. cit. p. 390-392)

Examen de la situation du navigateur Leslie BROWN

8 août 43, Henri Monnerais recueille Leslie Brown. C’est le jour où l’avion a été abattu à la Chapelle-des-Fougeretz. Le navigateur est caché dans la cabane de la route de Fougères.

Il quitte la cabane quelque temps après : le temps était beau. Henri Monnerais s’exclame dans le jardin en question : " L’oiseau s’est envolé ! " (témoignage de son frère, J.M., présent à ce moment-là).

H.M. l’a conduit chez Félix Jouan à Bédée.

Entre le 22 octobre 43 et le 22 janvier 44, une soixantaine d’aviateurs seront évacués à partir de la Bretagne (Jacqueline Sainclivier). Pourquoi Leslie Brown , le 13 janvier, est-il encore à Bédée ?

13 janvier 44, A. Sicot, convoyé par F. Jouan, échappe aux Allemands sur la place devant le théâtre de Rennes. Il prévient Mme Jouan " d’expédier les colis ". L.B. était hébergé à ce moment-là par la famille Jouan.

Mme Morant, fille de F. Jouan, confirme les faits et la date du 13 janvier 44 dans un entretien avec le Général Chesnais pour son livre . Elle dit qu’elle garde L. B. pendant trois semaines.

Si on se fie à ces faits, ceux-ci sont avérés. Mais les dates posent problème : Jean Monnerais, le frère d’H. M., sollicité, m’a répondu qu’on ne pouvait garder trop longtemps un aviateur car il fallait le cacher (et d’après des récits, les excentricités de certains donnaient des sueurs froides à leurs sauveteurs) mais aussi le nourrir.

Or R. Huguen, dans "La Bretagne dans la bataille de l’Atlantique", écrit : Leslie Charles Brown fut conduit à Bédée " où il devait résider jusqu’au 20 septembre avant d’être évacué par une filière d’évasion vers l’Espagne, début octobre 43 ". Hypothèse : l’aviateur caché à Bédée en janvier 44 serait quelqu’un d’autre que L. Brown…

A moins que Leslie Brown n’ait pas pu franchir les Pyrénées et ait dû revenir sur ses pas.

 

RESSOURCES BIBLIOGRAPHIQUES ET TÉMOIGNAGES

 

Monnerais Jean, frère d’Henri Monnerais. Témoignage oral (2004-2005)

Sainclivier Jacqueline –La Résistance en Ille-et-Vilaine (1940-1944). P.U.R. 1993

Saintclivier J. –L’Ille-et-Vilaine dans la guerre (1939-45). Ed. Horvath, 1986. Nombreuses illustrations

Hugen Roger –Par les nuits les plus longues. Coop Breizh, 10è éd., 2003

Hugen Roger –La Bretagne dans la bataille de l’Atlantique. Rééd. 2004

Chesnais René (Général) –La guerre et la Résistance dans le sud de l’I.-et-V. 1999

Hamon Kristian –Le Bezen Perrot. Yoran embanner, 2004

Brunet Pierre (Général) –Les martyrs de Neuengamme. Taillandier, 1975

Cosnier C./ Irvoas-Dantec D. –Parcours de femmes à Rennes. Apogée 2001

Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (Rennes)

Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des archives (Caen)

Livre mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution .1940-1945)

La 5. Émission de télévision

Rémy (Colonel) –La Résistance en Bretagne. Éd. Famot, 1974

Castel Guy –La Résistance dans le Nord de l’I.-et-V.(La-Mézière), 2004

et entretien (2005)

Archives Départementales d’I.-et-V. Avec l’appui chaleureux de M. Bruno Isbled,Conservateur

Le pays de Fougères n° 70. Mémoires de la Résistance : Neuengamme et ses tragédies pp 17-24

Marcel Ophuls – " Le Chagrin et la Pitié ", Chronique d’une ville française sous l’occupation (film, 1969, 251 minutes) 

Dossier réalisé par Jean Monnerais

30/12/2016

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