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Jean NOBILET

 1898-1944

Jean Nobilet est né à Tréverien en août 1898 dans une famille d’agriculteurs. Il passe son enfance et sa jeunesse à Saint-Thual, vie de travail très dure mais vie heureuse dans une ambiance toute patriarcale, dans le respect des valeurs spirituelles et familiales. Elève studieux et intelligent, il lit beaucoup les journaux.

En 1913, à 25 ans, il décide de devenir instituteur et part étudier en Seine-et-Marne, à Changis-Saint-Jean dans un établissement privé. Il est reçu au Brevet élémentaire, mais, en août 1914, la déclaration de guerre bouscule ses projets.

Incorporé en février 1915 au 1er Régiment d’Infanterie Coloniale, il part au front. Blessé en 1915, de retour en première ligne dès 1916, souvent volontaire pour des missions dangereuses, il termine la guerre avec 4 citations et la médaille militaire. Après l’armistice il se retrouve quelque temps en occupation en Allemagne, assez longtemps pour découvrir le niveau de vie des paysans allemands. Plus tard, il racontera souvent qu’il avait vu dans une ferme la fille de la maison jouer du piano, découverte extraordinaire pour un paysan breton de 1918. Avant de renter chez lui, il séjourne à Paris, embauché comme magasinier et reprend des études.

Il revient à Saint-Thual à la fin de 1919, il a alors 31ans. L’expérience de la guerre lui a donné une meilleure expérience des hommes, et peut-être aussi cet esprit de tolérance dont il fera preuve toute sa vie. Par ses propres moyens il a acquis une solide culture générale. De plus il a véritablement le don de la parole. Il sait convaincre ses auditeurs. Toutes ses qualités devaient naturellement lui faire jouer un rôle important dans les milieux agricoles de l’entre-deux-guerres.

En 1923, il épouse Henriette Daucé et s’installe à la Talmachère en Saint-Brieuc-des-Iffs dans une ferme de 40 hectares. Quatre enfants naîtront de cette union.

Revenu de la guerre avec le désir profond d’améliorer les conditions de vie des agriculteurs, il adhère à la Fédération des Paysans de l’Ouest, fédération de cultivateurs exploitants, fermiers ou propriétaires. En 1932 il devient vice-président de la Chambre d’Agriculture puis président du Conseil Supérieur de la Fédération des Syndicats Paysans de l’Ouest. Le contexte économique est très difficile, les produits agricoles se vendent mal, un vent de révolte souffle sur toute la paysannerie française. Dorgères prend la tête de la Défense Paysanne, association radicale qui organise des  manifestations spectaculaires conduisant à des affrontements. En désaccord avec ces méthodes Jean Nobilet réserve pendant longtemps sa participation à ce mouvement. Il finira par le soutenir.

Jean Nobilet, l’ancien combattant, assiste le cœur déchiré à la défaite de 1939. La tragédie conduit à la Talmachère des paysans du Nord fuyant l’invasion allemande ; ils y séjourneront 2 mois. Plus tard ce sont des soldats polonais en fuite qui seront accueillis ; restaurés et revêtus de vêtements civils ils tenteront d’échapper à l’envahisseur allemand.  A la fin de l’été 43, le recteur de la paroisse, l’abbé Gresset, dévoile à Jean Nobilet l’organisation de résistance dont il est membre. Il faut héberger un officier radio anglais parachuté en France avec son poste émetteur et recevoir un parachutage d’armes et de munitions. Le risque est grand ; Jean Nobilet après un temps de réflexion accepte. Dès le lendemain il fait la connaissance de George du Special Operation Executive.

Le message ventre affamé n’a pas d’oreilles annonça le parachutage pour le 6 novembre au soir. 15 parachutes déposent de lourds containers d’armes. George brûle les parachutes dans le four à pain et le lendemain, les containers sont enterrés dans une ancienne carrière, en tout 7 tonnes d’armes.

Les jours passaient. Il était déjà question d’un second parachutage, quand, dans la nuit du 27 au 28 novembre vers 1h30 arrivent à la Talmachère des visiteurs que l’on n’attendait pas, les Allemands, conduits par des Français, la Milice. Réveil brutal, tous les hommes sont rassemblés, menottes aux mains : Jean Nobilet, ses deux fils Mary (17ans) et Jean-Baptiste (16ans), Albert Nobilet son frère, les deux employés Eugène Charpentier (40ans) et Henri Levey (21ans), Louis Moyne et George l’officier anglais.  Jean Nobilet assume tout : "c’est moi qui suis responsable, c’est moi qui ait tout commandé, les autres n’y sont pour rien…" A 11 heures tous partirent pour être incarcérés à la prison Jacques Cartier à Rennes. En mars 44, ils sont transférés à Compiègne. En avril, ils quittent Compiègne avec 1800 détenus pour un voyage au pays de l’horreur. Pendant 3 jours ils vont vivre un véritable calvaire entassés à 100 dans les fameux wagons à bestiaux. Destination, le camp de concentration de Mauthausen en Autriche non loin de Vienne. Là, ce sont les travaux forcés dans cette carrière infernale avec son escalier aux 186 marches taillées irrégulièrement dans le roc. Nous avons appris par l’un de ses compagnons que Jean Nobilet a conservé le moral et la confiance en l’avenir. Il s’est fait des amis parmi les intellectuels de son entourage. Parfois on le surprend en conversation avec un infirmier qui en réalité était un prêtre resté avec ses camarades.

Fin juin 44, épuisé par le travail harassant et les privations, exposé aux intempéries, arrivé aussi à un âge où l’organisme résiste moins bien, Jean Nobilet doit de résigner à entrer dans ces baraques qui servent d’infirmerie où s’entassent 2.000 hommes. C’est là que son existence de forçat s’achève. Le 18 juillet 1944, son n° matricule 62.878 fut inscrit sur le registre des décès du camp. Un mois plus tard, c’est le tour de son frère Albert ; en février 1945 celui d’Henri Levey, en mars d’Eugène Charpentier. Le 24 avril 45, dix jours avant la libération du camp par les Américains meurt son fils Mary. Louis Moyne et George ne devaient pas rentrer non plus.

Un seul survivant : le plus jeune des fils de Jean Nobilet, Jean-Baptiste, Petit Jean, mon père.

 

Distinctions:

Commandeur de la Légion d'Honneur
Médaille de la Résistance
Croix du combattant volontaire de la Résistance
King's medal for Courage
 (Médaille britannique instituée le 23 Août 1945  pour récompenser ceux qui au péril de leur vie ont contribué à aider les militaires britanniques pour échapper à l'ennemi)

   
Commandeur de la Légion d'Honneur King's medal for Courage
Médaille de déporté
 
   

 

 

 Véronique Pelichet-Nobilet