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Henri Provostic, dit "Benoît "provostic.jpg (4316 octets)

Son rôle réel dans la Résistance reste méconnu, en dehors du titre de Chef cantonal de Ploudalmézeau situé sur la côte au nord de Brest.

Né le 5 décembre 1900, il ouvrit les yeux la première année du siècle qui connut la véritable révolution de notre humanité dans la connaissance destinée à un usage pacifique et, malheureusement, meurtrier aussi.

Qui fut-il réellement ? Des recherches ont été effectuées depuis une dizaine d’années pour découvrir ce personnage maintenu dans l’oubli.

Notaire dans la commune de Ploudalmézeau, il avait déjà un sens très fort du droit et du service mais discret, préférant une place d’adjoint à celle de maire. juge de paix du canton, il rendait la justice gracieusement.

La guerre survint et, malgré des charges très lourdes : ses fonctions et une petite famille de quatre enfants, deux autres naîtront durant les hostilités. Il s’engagea aussitôt dans la Résistance.

A Brest, les Anglais abandonnèrent matériel et armes de toutes sortes. Spontanément, des patriotes s’organisèrent pour mettre à l’abri ce trésor qu’il ne fallait pas laisser entre les mains de l’envahisseur.

La Résistance venait de naître.

Le docteur Jacques André, de Saint-Renan, dont le père fut officier dans le bataillon de Ploudalmézeau, a pu faire l’historique de la Résistance dans la région grâce à des documents d’époque et des témoignages. Il a transcrit les faits dans un livre intitulé : " Le Bataillon F.F.I. de Ploudalmézeau " paru en 2003.

De ce livre, il en est tiré l’histoire d'Henri Provostic, pseudonyme "Benoît " dans la Résistance, qui a dépassé le rôle officiel de chef cantonal. Nous allons donc parcourir rapidement les pages de ce qui restera un livre d’histoire.

Les premiers patriotes qui réagirent avant l’arrivée des Allemands constituèrent le groupe Elie. Son chef, Louis Elie, était transporteur à Brest. Les armes furent mises en lieu sûr chez Jean Tromelin, minotier à Plouguin, mutilé de la guerre 14-18 et grand ami d’Henri Provostic. Ce groupe fut décimé rapidement.

Henri Provostic implanta le Réseau Alliance dans la région et structura le groupe de Ploudalmézeau.

On peut dire que les réseaux Confrérie Notre-Dame-Castille du Colonel Rémy, Alliance, Défense de la France, Quand-même, Libération-Nord, Jade Fitzroy travaillaient en étroite collaboration.

La côte au nord de Brest avait une importance stratégique particulière, étant située entre un grand port militaire et l’Angleterre. Il fallait donc communiquer avec les Alliés dans des conditions extrêmement difficiles et risquées.

Au début, les Résistants collectèrent les renseignements concernant l’opération Otarie, projet d’invasion en 1940 de l’Angleterre par les Allemands.

Puis ce furent les renseignements sur les activités des occupants, la base aérienne de Guipavas, les défenses côtières, l’activité très importante du port militaire et des sous-marins et, ensuite, sur la construction du Mur de l’Atlantique.

Il fallait également prendre des informations sur l’activité des collaborateurs, des maires suspects etc.

De nombreux pilotes alliés furent abattus par la " Flack ", tellement efficace qu’elle fut appelée par les Anglais "the hollow of Death " (le trou de la Mort). Les survivants étaient pris en charge par les résistants. Par dizaines, ils quittèrent la côte au nez des Allemands, dans des conditions souvent périlleuses (surveillance et aléas de l’humeur de la mer) grâce aux agents de Ploudalmézeau dirigés par Provostic et d’autres de la région. Le commandant Birkin, père de Jane, y participa en venant les chercher. D’autres partaient par le train, accompagnés de patriotes, pour rejoindre l’Espagne pour Gibraltar.

Il fallait aussi fournir des faux papiers aux jeunes réfractaires du S.T.O.

En 1943, les Allemands avaient essuyé de nombreuses défaites, changeant la tournure de la guerre ainsi que le moral de chaque camp. L’espoir de la Libération voyait le jour.

En France, le recrutement de volontaires fut organisé en vue d’une insurrection générale future. Les Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.) devinrent effectives en cette fin de 1943, venant se rajouter aux activités des résistants qui en furent le noyau. Il fallut donc structurer militairement les mouvements résistants.

C’est ainsi qu’Henri Provostic obtint l’adhésion du colonel Fonferrier, officier de la Coloniale, dit "Rossignol ", de maître Garion, avoué à Brest, dit "commandant Somme-Py " et du commandant Faucher, dit "commandant Louis ". Dans les F.F.I., Ils assumèrent respectivement les responsabilités de chef départemental du Finistère, chef d’arrondissement de Brest et chef des arrondissements hors Brest.

Ces Forces Françaises de l’Intérieur furent organisées dans toute la France, sous l’égide du général Koenig, fruits du travail d’unification de Jean Moulin. Elles s’étofferont de mois en mois, particulièrement en juillet et août 1944.

Avant la création des F.F.I., deux groupes d’action directe étaient déjà formés par Henri Provostic.

Leur rôle fut d’enlever les tickets d’alimentation et de textiles dans les mairies et commissariats, les cachets et papiers, faire dérailler des trains allemands, voler des armes et munitions, saboter.

C’est ainsi que les citernes de carburant des pétroles Jupiter sautèrent dans le port de Brest. 400 000 litres de carburant partirent en fumée bloquant les sous-marins, navires et camions allemands durant une semaine.

Les premières arrestations

Quelques jours avant le débarquement, se produisirent les rafles des principaux patriotes par le kommando Schaad, composé de S.S. allemands mais, aussi, de Français.

Le 26 mai 1944, le colonel Fonferrier, chef militaire départemental, sera arrêté par le kommando accompagné d’un traître de Brest. Henri Provostic fut informé de l’arrestation et on lui annonça l’attribution d’une nouvelle charge, celle de Fonferrier apparemment, dont il était déjà l’adjoint.

Le 31 mai 1944, cinq jours après, ce fut la rafle dans le groupe des Patriotes. Certains prirent la fuite à temps. Henri Provostic, informé de l’imminence de son arrestation se rendit à son étude pour rassembler les documents compromettants pour toute l’Organisation. Il les remit à Monsieur Mazéas, Receveur des Postes et membre du Groupe. En sortant de l’établissement, un " indicateur " fit signe de la tête aux Allemands qui encerclaient le quartier.

Les Allemands, bien informés, se rendirent dans différents lieux, se dirigeant directement sur les caches d’armes…

Henri Provostic et Joseph Mouden furent atrocement torturés au Château de Trouzilit en Tréglonou. Henri Provostic se défendit comme un beau diable, cassant même une chaise sur ses tortionnaires.

Les épouses, emmenées par les gendarmes français, furent mises en présence de leurs époux torturés.

Ces lieux de supplices n'en ont gardé aucune trace de souvenir !

D’autres arrestations suivirent. C’est ainsi que le 10 juin 1944, les résistants prisonniers quittaient la gare de Brest pour le camp Margueritte à Rennes et embarquaient dans les convois des 3 et 4 août, occultés à ce jour, emportant des milliers de patriotes dans ses wagons vers "l'indicible ".

Seuls, le docteur Lucas et Joseph Coum purent s’évader.

Les F.F.I  dans la région de Brest

Durant leur terrible dernier voyage, les F.F.I., issus de leur œuvre, se mettaient en action. Ceux de Brest et ses arrondissements jusque Plouescat rassemblèrent près de 5 000 hommes.

Le bataillon de Ploudalmézeau compta 1 100 volontaires et, fait unique en France, rallia 164 officiers et soldats russes de l’armée rouge de Vlassov, avec armes et bagages. Il était structuré comme une petite armée avec son chef, ses adjoints, interprète, aumônier, secrétaires, fourriers, bouchers, maîtres d’hôtel et cuisiniers, médecins et infirmiers, section automobiles, agents de liaison etc…avec grades et soldes.

L’instruction des jeunes recrues au maniement des armes, fournies par Provostic, se faisait dans l’entrepôt de charbon Kerleroux et les séances de tir se déroulaient au manoir en ruines de Prat-Meur en Ploudalmézeau.

Ce bataillon était divisé en cinq compagnies composées chacune de sections qui, elle-mêmes, étaient divisées en groupes. Les Russes formèrent deux compagnies supplémentaires.

A la lecture du livre du docteur Jacques André, fortement documenté avec le nom et le rôle de chacun des participants, il peut être constaté que ce bataillon ne fut pas constitué par des amateurs.

Il n’est pas surprenant que, dans certains discours, le canton de Ploudalmézeau fut cité comme le premier canton résistant de France.

Il participa à la libération de Brest et sa région, recevant les éloges et témoignages de reconnaissance des généraux américains.

 Mais quel éloge serait plus marquant que celui d’un ennemi, le général allemand Ramcke lui-même, ayant défendu la place de Brest, qui a dit :

" Les Bretons sont de loin le peuple le plus solide de France et c’est dans le Finistère que vivent les plus Bretons d’entre eux ".

En effet, dix-huit communes et villes de France sont titulaires de la Médaille de la Résistance. Trois ont été attribuées dans le Finistère : Brest, Plougasnou, l’île de Sein. La croix de la Légion d’Honneur fut conférée à la ville de Brest. Ploudalmézeau aurait pu faire, également, l’objet d’une reconnaissance…

C’est souligner à quel point l’engagement dans la Résistance fut profond et efficace dans la Région.

Que tous les Patriotes anonymes, oubliés par une société libérée, se retrouvent en la personne des résistants reconnus, comme frères d’armes fiers de leur dignité, ne regrettant pas le choix qu’ils ont fait dans des périodes où il n’était pas facile de choisir et de s’impliquer.

Car l’histoire n’appartient qu’à ceux qui l’ont faite.

Henri Provostic mourut le 7 décembre 1944 au camp de Melk, kommando de Mauthausen. Son corps fut incinéré dans le four crématoire du camp qui réduisait alors en cendres 20 à 30 corps par jour. Il venait d’avoir 44 ans.

On lui attribua des titres posthumes :

  • grade de lieutenant ;
  • chevalier de la Légion d’Honneur,
  • croix de guerre avec palme ;
  • médaille de la Résistance ;
  • citation à l’ordre de la Nation.

Le colonel Fonferrier se trouvait au camp de Bergen-Belsen qui fut libéré par les Britanniques le 15 avril 1945 mais trop épuisé, il mourut le 27 du même mois.

 

      

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05/07/2014