LES BRIGADES INTERNATIONALES

05/11/2009

 

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On appelle « brigades internationales » des volontaires civils enrégimentés et provenant de nations étrangères au pays où ils interviennent. On peut citer les zouaves pontificaux qui se battirent pour sauver l’état pontifical dans le cadre de la lutte pour l’unification italienne en 1861. On peut citer également la guerre d’indépendance d’Israël de 1948. Mais les plus connues sont les Brigades internationales qui se formèrent pour aller sauver la jeune République espagnole attaquée par Franco en 1936.

Après un mois d’hésitation, Staline accepte de fournir une aide matérielle aux Républicains espagnols tandis que le Kominterm supervise l’organisation internationale de volontaires communistes, anarchistes, socialistes ou simples compagnons de route.

Le bureau de recrutement est basé à Paris sous l’égide du général soviétique polonais Karol Swierezewski (membre du PCUS).

Pour la France, c’est André Marty (ancien révolté de la Mer Noire) qui est chargé du recrutement et de l’organisation. La France est chargée de fournir les uniformes brigadistes. Tito est chargé du transport des volontaires jusqu’à Albacete et des formalités administratives.

Le recrutement commence le 18 septembre 1936 par la formation de 23 bataillons composés chacun de 6 brigades internationales. Les brigadistes sont regroupés par langues.

En juillet 1937, on estime que les brigades internationales regroupaient  25 000 Français, 5 000 Polonais, 5 000 Anglo-américains, 3 000 Belges, 2 000 Balkaniques et 5 000 Germano-italiens. Ces derniers ont d’autant plus de mérite que leurs chefs de gouvernement, Hitler et Mussolini soutiennent ouvertement la lutte de Franco, mais ils savent que le fascisme, le nazisme et le franquisme sont les mêmes idéologies propres à écraser les peuples.

Les premiers brigadistes entrent en Espagne en octobre 1936 et commencent un entraînement rudimentaire.

 

Les brigadistes d’Ille-et-Vilaine.

Nous avons connaissance de 6 hommes du département partis de Rennes s’enrôler pour aider les Républicains espagnols :

-         BELLIER René: né à Rennes le 17-05-1911. Militant du PCF. Il sera tué sur la côte Aragon en mai 1938, victime des premiers lance-flammes qu’Hitler teste pour sa guerre prochaine.

-         CHALMEL Jules : né le 12-08-1913 à Fougères. Militant du PCF à Rennes. Il s’engage dans BI fin 1936 ou début 1937.

-         FURNESTIN Gabriel : né à Neuvic (19). Militant du PCF à Saint-Malo. Partit de Rennes pour l’Espagne via Paris en fin 1936 ou début 1937. Combat dans les rangs de la XIVe BI. Tué le 25 ou le 26-07-1938 sur le front de Tortosa.

-         GAUTHIER Joseph : né le 16-08-1903 à Guichen. Partit de Rennes, via Paris fin 1936 ou début 1937. Militait au PCF à Rennes.

-         LE TOQUIN Adolphe : né le 01-04-1909 à Caro (56). Il partit de Rennes où il militait au PCF pour l’Espagne via Paris fin 1936 ou début 1937.

-         MIOT Victor : né le 16-12-1910 à Vitré. Militant du PCF à Vitré puis Rennes. Il partit de Rennes en novembre 1937. Il laisse une femme et un enfant. Il a trouvé la mort le 25-04-1938 dans le bombardement de Valence par l’aviation germano-franquiste.

 

Mais, grâce à Eugène Kerbaul du Finistère qui a recensé tous les Brigadistes issus de la Bretagne, nous en avons recensé beaucoup plus, nés en  Ille-et-Vilaine ou partis de notre département.

-         ALLIX Louis Marie : né le 28-10-1903 à Fougères. Tué à Guadalajara le 18-03-1937

-         BAHU André : né le 15-12-1913 à La Genest (53). Ce volontaire des B.I. aurait milité à Saint-Malo où il habitait et où il fut rapatrié en 1938.

-         BERTHELOT Joseph-Marie : né le 15-05-1911 à la Chapelle Sainte-Melaine (I-et-V). Militant du PCF dans le 15e arr. de Paris. Mortellement blessé à Mora de la Nueva, il décède peu après, le 19-09-1938.

-         BOUBARNE André : né le 15-05-1908 à Saint-Malo. Militant du PCF à Rouen où il sera rapatrié.

-         BRIS Henri : né le 29-05-1912 à Rennes. Parti de Saintes (17). Tué au combat.

-         CHESNAY Ernest : né le 22-05-1899 à Rennes. Combattit dans la XIIIe BI. Lieutenant. Cinq fois blessé.

-         DOS Charles : né le 1er décembre 1910 à Dol-de-Bretagne. Partit en mai 1937. Caporal. Combattant dans les XIIIe et XIVe BI. Rapatrié sanitaire en novembre 1938. Fait prisonnier en 1940.

-         FOREST Gaston : né à Fougères le 14-02-1910. Rapatrié à Marseille.

-         FOURREL Jules : né le 04-12-1900 à Saint-Marc-sur-Couesnon (35). Partit de Paris où il militait dans le 15 ou le 16e arr. en décembre 1936. Mortellement blessé au combat, décède à Balsain le 29-05-1937.

-         GOURVILLE Albert de Dinan. Militant du PCF et de la CGT. Il s’engage dans les BI et part de Paris où il travaille comme ouvrier métallurgiste. Il combat en Espagne du 21-11-1936 au 22-12-1938. Officier à l’Etat-Major de la XIVe BI « Commune de Paris ». Quand il rentre, blessé, de la guerre d’Espagne, il est emprisonné 6 mois à Fresnes. Il revient à Rennes et continue sa lutte contre le fascisme en entrant dans la Résistance. Décédé le 25-12-1961.

-         HAMON Paul : né le 15-06-1911 à Fontenay dans une famille originaire de Saint-Servan. Parti de Saint-Servan où il militait. Tué au combat en mars 1938 sur le front d’Aragon (certains documents disent qu’il disparut à Jarama ou à Caspé).

-         JACQ Grégoire ; Parti de Saint-Servan où il aurait été militant syndicaliste et communiste. Il décèdera des blessures de guerre reçues à Tortosa le 26-06-1938.

-         JACQ René : né le 18-01-1912 à Paris. (Sans doute le frère du précédent). Militant communiste à Saint-Servan. Entré dans les BI le 25-11-1936. Disparu à Teruel la 07-01-1938.

-         KERESPER René : né le 06-04-1897 à Saint-Servan. Il partit de Gourville (28). Trouva la mort le 26-07-1938 sur le front de Tortosa.

-         LE CORVAISIER Jean : né le 21-10-1912 à Dinard. Il y sera rapatrié fin 1938, lors du retrait des BI d’Espagne.

-         LE GIEMBLE Eugène : né le 24-03-1909 à Dinard. Appartenait à la XIe BI. Mortellement blessé au combat, meurt le 27-08-1937.

-         NOBLET Raymond : né le 23-01-1913 à Rennes. Volontaire dans les BI. Fait prisonnier par les franquistes, il sera détenu au camp de concentration de San Pedro de la Gardena (Burgos).

-         SOULAS Albert : né le 27-03-1909 à Rennes. Lors du retrait des BI, il demanda à être rapatrié à Nantes.

A ces Brigadistes qui avaient des attaches en Ille-et-Vilaine, nous pouvons ajouter un ancien Brigadiste, César Covo,  breton d’adoption puisque, une de ses filles habitant Rennes, il passe une retraite paisible dans le quartier de Cleunay.

         - COVO César : né en 1912 à Sofia en Bulgarie de père français. La famille vient habiter à Paris en 1930. Il s’engage dans la 1ère Brigade Internationale en octobre 1936. Il sera blessé à la jambe au cours des combats. Il revient à Paris fin 1938, au moment de la « Retirada ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera dans les combats de la Résistance avec la MOI jusqu’à la libération de Paris où il est sur les barricades.  

 Parmi ces 25 hommes engagés volontaires pour aller combattre en Espagne, 12 ont été tués au combat, 9 sont revenus. Pour 4 d’entre eux, nous n’avons pas de renseignement.

 Albert Gourville n’est pas le seul à être emprisonné à son retour d’Espagne. Citons un article du journal La Bretagne Ouvrière Paysanne et Maritime du 10 décembre 1938 : « Le gouvernement Daladier jette en prison les héros de la liberté. A peine rentrés dans leurs foyers, après deux années de combats, dans des conditions effroyables, un grand nombre de volontaires sont immédiatement appréhendés et jetés en prison, sous le ridicule prétexte d’une période de 15 jours à accomplir. Comme si l’expérience tactique et technique acquise avec l’armée républicaine ne valait pas toutes les périodes… » L’article cite 2 hommes gravement blessés à la guerre d’Espagne (l’un est amputé des 2 jambes) qui sont jetés en prison.

 

         Tous ces volontaires des Brigades internationales étaient conscients qu’en défendant l’Espagne, ils défendaient aussi leur propre pays.

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Adieu aux Brigades Internationales.

Extrait du discours de Dolores Ibarruri (la Pasionaria)

A Barcelone le 15 novembre 1938.

 

         « Mères ! Femmes ! Lorsque les années auront passé et que les blessures de la guerre seront cicatrisées ; lorsque le souvenir des jours de détresse et de sang se sera estompé dans un présent de liberté, d’amour et de bien-être ; lorsque les rancœurs seront mortes et que tous les Espagnols, sans distinction, connaîtront la fierté de vivre dans un pays libre. Alors, parlez à vos enfants. Parlez-leur des hommes des Brigades Internationales.

         Dîtes-leur comment, franchissant les océans et les montagnes, passant les frontières hérissées de baïonnettes, épiés par des chiens dévorants, avides de déchirer leur chair, ces hommes sont arrivés dans notre pays comme des croisés de la liberté […]

         Ils abandonnèrent tout : tendresse, patrie, foyer, fortune, mères, épouses, frères, sœurs, enfants et vinrent nous dire : « Nous voici. Votre cause, la cause de l’Espagne est la nôtre. C’est la cause de toute l’humanité éprise de progrès ! »

         Aujourd’hui, ils s’en vont. Beaucoup d’entre eux, des milliers, restent ici, avec comme linceul la terre espagnole et tous les Espagnols se souviennent d’eux avec une émotion profonde […]

         Camarades des Brigades Internationales ! Des raisons politiques, des raisons d’Etat, l’intérêt de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre sang avec une générosité sans limites, font que vous repartez, certains d’entre vous dans leur pays, d’autres vers un exil forcé. Vous pouvez partir la tête haute. Vous êtes l’histoire, la légende, l’exemple héroïque de la solidarité et de la démocratie universelle […]

         Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez ! »

 

         58 ans après cet appel, le vœu de la Pasionaria a finalement été exaucé. En novembre 1996, l’Espagne démocratique a rendu un vibrant hommage aux derniers survivants des Brigades Internationales. Invités à Madrid, les vétérans se sont vus accorder la nationalité espagnole par le Congrès des Députés. En France, Jacques Chirac leur a enfin accordé le titre d’ « Ancien Combattant ».

Inventaire des microfilms du fonds « Brigades internationales »  du RGASPI  (Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale, Moscou) présents à la BDIC

Livre: « Brigades internationales, images retrouvées ». Il vient de paraître au Seuil. Il est beau, il est gros, large, soigné, saignant. Il est carré et carrément indispensable.

Ses auteurs, l’historien Rémi Skoutelsky [1] et le journaliste Michel Lefebvre [2] ont travaillé dur, ont parcouru le monde, ont retrouvé d’anciens brigadistes, remué des boites en carton, déniché d’indénichables archives. Ils sont allés de Suisse en bureau des archives du Komintern. A Budapest, ils ont déduit qu’un Hongrois dénommé Turaï pouvait bien être le « photographe officiel » des Brigades, et puis, dans leur joyau, il y a Robert Capa, Gerda Taro ou David Seymour-Chim, premiers grands photographes de guerre. Il y a des hommes et des femmes qu’on regarde allant à la mort. Des visages qui nous font croire qu’on est pas sérieux quand on a 17/27/37/47 ans. C’est l’engagement total, le noir et blanc romantique. C’est inouï.

 

 

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