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Les hommes du maquis

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Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur cette période   write5.gif (312 octets)memoiredeguerre35@yahoo.fr

 

 

I - PREMIÈRES CONFIDENCES

Au siège du Front National à Rennes, un homme jeune, facilement rieur, aux gestes nerveux : le commandant Pétri, dit Hubert, dit Roland, dit Loulou, dit Tanguy, noms de guerre lourds de gloire. Matricule F.T.P. 10 001. Pensionné de guerre 39-40 à 100 %

Je m'assieds en face de lui, de l'autre côté du bureau. Nous allons tenter de réaliser un vieux rêve qui nous tient à cœur : évoquer par le souvenir les noms et les visages de tant de camarades martyrs tombés dans les années terribles: 1942-1943-1944. Il parlera. Je noterai. Et de ces nouveaux " Mémoires d'outre-tombe ", sans que ni lui ni moi n'en ayons conscience, va naître une étrange épopée : celle des calomniés d'hier, aujourd'hui oubliés, à qui personne encore n'a donné leur vrai titre " Les Héros de la Nuit ".

- De quand date votre entrée dans la Résistance ?

- Je pourrais dire : d'avant la Résistance. J'étais rentré en janvier 42 de Toulon, réformé pour cause de santé. Le responsable de Fougères, Edouard Genouel, m'envoya, dès mon retour, un agent qui devait prendre liaison avec moi. J'étais absolument hors course et presque (il sourit à ce souvenir) anti-Anglais. Je ne réalisai la situation que peu à peu. Enfin, vers la mi-mars, eut lieu mon premier rendez-vous. Prétexte de mes voyages à Fougères : le ravitaillement. D'aucuns ont dû me prendre pour un vil trafiquant de marché noir.

- Quelles furent vos premières consignes ?

- Repêcher les gars et distribuer des tracts de propagande.

- Besogne facile.

- On le croirait aujourd'hui. Mais il faut se replacer dans l'ambiance d'alors. Lorsque du bout de l'avenue vient vers vous un Allemand, quelle émotion de jeter un simple tract dans une boîte à lettres ! Je m'occupais aussi dès cette époque de créer un premier groupe et, sur l'ordre que j'en avais reçu, de récupérer des explosifs. Grâce à la complicité d'ouvriers qui travaillaient dans les carrières, nous pûmes nous procurer de la cheddite par petits paquets, du cordon Bickford et des détonateurs. Je camouflais cela dans mon grenier sous les soupentes. Un petit gars de Fougères, Zidro, assurait le transport.

- Quel âge avait-il ?

- Quinze ans. Un gosse. On ne se méfiait pas. Du Tertre Alix, en Louvigné, jusqu'à Fougères, il pédalait sans regarder derrière lui sur son vélo de course. Un très beau vélo dont la pompe ou la pile électrique contenait au retour des messages pour moi.

" En avril, je reçus l'ordre formel de récupérer une grosse quantité d'explosifs. Rennes m'envoya Fourrier Maurice et Le Bitou Yves. Le Bitou ayant été victime d'un accident, Fourrier arriva seul le soir, vers neuf heures. Nous partîmes au début de la nuit. "

- Vos parents n'étaient pas inquiets ?

- Ils ne se doutaient de rien, s'effrayaient tout au plus de mes trop fréquentes promenades à bicyclette qui leur semblaient dangereuses pour mon état de santé. La poudrière du Mont-Louvier était une petite maison de pierre dans une carrière blanche sous la lune. La porte forcée avec une pince-monseigneur et les caisses sorties, nous les transportâmes à un kilomètre de la poudrière où des branchages les camouflèrent.

" De retour vers une heure du matin, Fourrier resta dormir quelques heures dans ma chambre et repartit avant l'aube sans que mes parents n'aient même deviné la présence d'un hôte. "

- Et les explosifs que sont-ils devenus ?

- Ils ont servi et plus d'une fois, comme vous le pensez bien. En décembre...

- Mais jusqu'à la fin de l'année 42 ?

- Oh! rien d'important, j'assurais le ravitaillement des responsables. A la suite de leurs arrestations survenues en septembre, j'ai perdu le contact pendant quelques semaines. "

Ce qu'il ne dit pas, c'est que ces arrestations, auxquelles il n'échappa que de justesse, avaient été provoquées par une série d'attentats sensationnels : " l'incendie des camions allemands à Bourg-des-Comptes, le 15 avril, le sabotage des pylônes électriques de Grandchamp-des-Fontaines en mai et du transformateur électrique de l'armée allemande à Cesson-Sévigné, le 9 juin ; l'attentat contre le R.N.P. de Dinard, le 23 juin et combien d'autres..."

Mais déjà un autre souvenir l'obsède : l'attentat de la section fougeraise contre le R.N.P. de la ville, effectuée par les Fontaine père et fils.

J'écoute mal. Je n'ai qu'un désir : ne jamais oublier la petite lueur fauve qui flambe dans ses yeux.

"Le commandant Pétri regarde un long instant dans le vide; dans ce qui me semble, à moi, être le vide, mais qui, certainement, s'anime à son souvenir de mille visions troublantes et rapides".

- Dès le mois de décembre 42, le responsable de Fougères, Edouard, (Genouel) m'avait demandé de venir à la Région, mais mon état de santé ne me le permit qu'en janvier 43. Cependant, sur l'ordre d'Yvon, maintenant lieutenant-colonel Pascal, je me procurais à la mairie de Louvigné-du-Désert des tickets d'alimentation. Ce fut l'occasion de mon premier pistolet, une arme que Pascal m'avait confiée pour me défendre. C'est en décembre que les responsables, arrêtés trois mois plus tôt, furent exécutés à Rennes et inhumés à Saint-Jacques-de-la-Lande.

- Vingt-cinq braves dont la mort dut porter un rude coup à l'organisation ?

- Évidemment. Cependant, ce même mois, je voyais Geffroy qui avait pris la fuite; dès les premières semaines de l'année 43, je montais à la Région.

- Où habitiez-vous à Rennes?

- Ma planque? J'étais hébergé chez Mme Nobilet, 9, rue Jules Simon.

- Une résistante?

- Son mari était parmi les fusillés de Saint-Jacques-de-la-Lande(Lire). C'est là que je commençais à fabriquer des bombes. Je travaillais avec Charles, responsable départemental des tournées de propagande et Auguste, inter-régional (actuellement colonel Berjon à Lille).

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Le fils du Colonel André Berjon mieux connu sous le nom d’Auguste

Charles , responsable de l’organisation politique dans l’I-et-V. et la Manche

Le travail était alors surtout d'organisation : créations de groupes F.N. et F.T.P. à Fougères, Sens, Saint-Malo, Dinard, Rennes, Dol, Paramé, Bain-de-Bretagne, Saint-Servan, Louvigné-du-Désert, Messac, Redon, Pipriac, etc. Le manque de matériel empêche la plupart des groupes d'avoir une activité combative : nous récupérerons sur les Allemands et la police de Vichy de quoi armer seulement quelques éléments. Ce qui n'empêche pas les attentats de reprendre : Francis, en janvier 43, lance une bombe au Royal pendant une séance de cinéma boche.

- Quel fut le résultat ?

- Les Allemands n'ont jamais avoué leurs morts, mais ils n'ont pu cacher les dégâts matériels. Malheureusement, Francis, arrêté à la suite d'un attentat manqué, contre de Brinon à Nantes, fut fusillé dans cette dernière ville.

- Votre spécialité, n'était-ce pas le déraillement ?

- Pendant les mois de mars à septembre 43, c'est exact. Nos tentatives de sabotage commencèrent par la ligne de haute tension Pontchâteau - Rennes et en mars, par un déraillement entre Laillé et Guichen, à l'endroit où la voie forme un coude. Les 5 et 7 juillet, nous réussissions un sabotage de tuyaux de raccordement à l'Hermitage, puis près de Betton. Au matin, la locomotive partait seule et la rame de wagons allemands restait sur la voie.

- De quel matériel disposiez-vous pour vos attentats?

- Nous le fabriquions nous-même avec des tubes emboîtés l'un dans l'autre, terminés par une barre percée de deux trous pour dévisser les boulons.

- Une sorte de clé universelle ?

- Parfaitement. Des boulons trouvés sur les voies nous servaient de modèles.

"C'est avec ces instruments que nous opérâmes le déraillement de Noyal-Acigné qui fit tant de bruit à l'époque. Le 8 juillet, des camarades de la gare nous avaient indiqué qu'un train de permissionnaires devait passer toutes les nuits à 1 h 36.

" Le surlendemain, notre équipe de 6 gars effectua le travail. Des ficelles tenues par des guetteurs constituaient tout notre système de sécurité. II nous a fallu une demi-heure pour déboulonner les rails. Nous sommes partis par le pont de Cesson. Nous entendions le train qui venait de Paris, et, coïncidence heureuse, un train de marchandises qui venait de Rennes. Ce fut un double déraillement très réussi.

" La locomotive et des wagons furent détruits et le trafic arrêté pour deux jours. Les employés n'avaient jamais vu un tel tas de ferraille. On évalua les morts et blessés à 200. Revenus à 11 heures du matin sur le terrain, nous avons vu les patrouilles affolées qui montaient et descendaient le long des talus. Des ambulances sillonnaient les routes. "

- Oui, je me souviens du bruit que provoqua l'accident !

- Des paysans de la région furent arrêtés puis relâchés. Et la ville de Rennes reçut une amende de deux millions. C'est alors que le préfet régional Ripert donna une liste de communistes suspects qui, par la suite, furent emprisonnés et déportés comme otages.

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Sommaire | Premières confidences | Juillet 1943Une période noire |   L'activité Front National | La S.P.A.C. et l'enfer Jacques Cartier | Saint-Senoux  Dinan | L'attaque de la prison de Vitré |Le mois de mai 1944 | Le débarquement | Le maquis de Lignières| Parachutages  | Allo! Allo CodyLa Libération   | Activités de nos F.T.P.F. en Ille et Vilaine et dans la région|


          
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  Dernière mise à jour: 09/12/2016  

 

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