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          Les hommes du maquis

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Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur cette période   write5.gif (312 octets)memoiredeguerre35@yahoo.fr

 

III - UNE PÉRIODE NOIRE

- Les mois de juillet et août 1943, dit le commandant Pétri, sont trop riches en attentats pour que je puisse m'attarder longuement sur chacun d'eux. Vous noterez - si vous le voulez:

" Le sabotage des lignes téléphoniques à l'Hermitage (sur la ligne Paris-Brest), les déraillements de Combourg et de Bonnemain (ce dernier, dirigé par Jean Turmeau, donna comme résultats : 14 wagons détruits et l'interruption du trafic pendant 2 jours), le sabotage de la voie Paris-Brest, à Montauban, les sabotages de câbles téléphoniques à Marcillé-Robert et Quédillac."

Jean Turmeau Adjoint au commandant Pétri.

Et tout cela sans ennuis sérieux ?

- Oui. Une veine insolente. Ma seule alerte datait de 1942 quand, à la suite d'une distribution de tracts syndicaux rédigés par Le Marié, responsable de la C.G.T. illégale et moi, j'avais été arrêté et interrogé à Louvigné-du-Désert après perquisition à mon domicile.

- Qui conduisit les recherches ?

- L'inspecteur Thomas. Nous aurons l'occasion de le retrouver tout à l'heure. C'est, en effet, en août 1943 que commence notre série noire. Mais, depuis juillet, le cercle infernal se resserrait déjà autour de nous : le 4 juillet, à la suite d'une dénonciation de Meignier, quatre personnes furent arrêtées à Dol : Mme Lequeu, Mme et Mlle Charpentier et Mme X... Cette dernière, déportée en Allemagne. Le 27, Jean Fresnel, militant de la classe ouvrière, responsable politique de la Sarthe, était traqué par la Gestapo française et payait de sa vie un dévouement de chaque jour à la cause française.

" Une belle figure, dit le commandant Pétri, un de ces hommes sans qui la France n'aurait pas, aujourd'hui, droit de parole dans le monde. Un garçon bien. Forain, père d'une petite fille; en vérité, tout pour être heureux. Il était parti sur ordre dans le maquis en mars 43.

" Ce fut à un rendez-vous des responsables départementaux que, trahi par le responsable politique de la Loire-inférieure, Léon Renard, dit André, agent double, il fut tué dans un guet-apens, coup très dur qui marque le début de nos malchances.

" Parmi les nombreux camarades arrêtés figurait, en effet, Auguste Delaune, secrétaire de la F.S.G.T. (Fédération Sportive et Gymnique du Travail). Ce fut de lui, le mois suivant, que nous reçûmes l'ordre, par l'inter militaire Raymond, de le délivrer de l'hôpital du Mans où, blessé, il mourait lentement de faim.

- Qui empêcha la libération d'Auguste Delaune?

- Un malentendu. Dans une voiture récupérée à Montaudin (Mayenne) chez un boucher, nous arrivions au Mans dans les premiers jours de septembre, après récupération de 200 litres d'essence, sous les yeux des Allemands, à la gare de Fougères. Malheureusement, l'équipe de Paris qui devait nous rejoindre au Mans ne vint pas, et notre tentative échoua, vous savez de quelle lamentable façon, puisque Delaune mourut dans les tortures.

"Le 3 septembre, retour du Mans, nous arrêtons à Romazy, où, d'après des avis reçus, Morellon, commissaire aux renseignements généraux pour la Bretagne, passait de tranquilles vacances. Trop tranquilles à notre gré. Je rentre à Rennes, laissant à Jean Turmeau et à Paul Messenich le soin d'effectuer l'attentat.

"Voilà comme nous étions convenus qu'ils l'organiseraient : Messenich devait téléphoner de Saint-Rémy à un café de Romazy, en demandant Morellon à l'appareil. Dans le café, Turmeau l'attendait, le pistolet en poche.

- Qu'est-il arrivé ?

- Tout s'est passé comme convenu. Morellon est venu au téléphone, mais il n'y est pas venu seul. Des inspecteurs l'accompagnaient. Turmeau arrêté, Messenich, ne recevant pas de réponse, vint à Romazy et se fit prendre à son tour.

" Histoire désastreuse, car Messenich connaissait beaucoup   trop  de points de repère de notre organisation et, de l'un à l'autre, par ses aveux, la police pouvait mettre la main sur toute la résistance de l'Ouest.

- Il ne parla pas ?

- Il parla.

" Voici comment les choses se sont passées. Sur l'ordre des inspecteurs, Messenich prévint Madeleine Raymond, responsable du F.N. local, qu'il dénonçait, que l'attentat avait réussi, mais que, Jean étant blessé, il fallait prévenir Hubert, c'est-à-dire moi. Madeleine ne devina pas le piège et donna mon adresse. Alors, les policiers sont entrés chez elle et l'ont arrêtée. Ces inspecteurs étaient Thomas, de vieille connaissance, et Moreau, aujourd'hui encore en liberté.

" Ils n'ont évidemment pas perdu de temps. Madeleine incarcérée à Jacques Cartier, ils perquisitionnèrent chez Mme Oison (Combourg), où nous prenions pension depuis le 14 juillet, et, le soir même, ils arrêtaient à La-Boussac le menuisier Genouvrier et Henri Cloest, l'un et l'autre trahis par Messenich. A Dol et à Lanhélin, d'autres arrestations furent opérées.

- Où étiez-vous pendant ces jours-!à ?

- A Fougères, ignorant tout, jusqu'à l'échec de Romazy. Par malheur, le vendredi soir, j'étais passé rue Jules Simon, à ma planque de Rennes, et j'avais commis la faute d'y laisser un mot  très anodin, sur le chat enfermé au grenier-, mais signé Hubert ! Les inspecteurs découvrirent le mot, arrêtèrent Mme Nobilet, hors d'état de nier, et, par la même occasion, un ami de Paris, venu au ravitaillement et qui n'y comprit rien. Une souricière fut établie dans la maison et, par excès de zèle, Thomas et ses sbires vinrent m'attendre, le lundi matin, à l'arrivée de l'omnibus de Fougères, sur renseignement de Messenich, qui prenait à coeur son rôle de traître. Ce fut cette précaution qui me sauva.

- Comment ?

- Par simple hasard, je pris ce matin-là la micheline et non l'omnibus. Je croyais ne gagner qu'une heure : c'était ma vie que je sauvais. En effet, Thomas ne pouvant être à la fois à la gare et rue Jules Simon, le commissaire avait laissé à la souricière trois inspecteurs, Lemonnier, Tirel et Collet, dont les deux premiers étaient des résistants de la première heure et le troisième, un tout jeune homme. Première chance : ils fouillèrent partout dans mes valises et sur moi-même, sauf dans un sac qui contenait, sous des vivres, deux pistolets. Seconde chance : mes papiers d'identité étaient en règle, à mon vrai nom, mais j'avais d'autres fausses cartes et tickets pour les réfractaires. Après discussion, ils me relâchèrent. Et Lemonnier me dit, sur le palier : " Préviens vite tes camarades ".

" Toute la meute est revenue, ne m'ayant pas vu au train, chez Mme Nobilet. Ils ne trouvèrent, comme trace de mon passage, que le papier glissé par moi dans la boîte à lettres pour avertir les amis. 

Fureur du commissaire divisionnaire!

- Il ordonna une battue en ville, et les plus inoffensifs passants se virent réclamer leurs papiers. J'étais à la poste, envoyant télégramme sur télégramme : " Jean malade. Prendre précaution. ", " Jean malade. Prévenir Fanny, Jules, André... ". Ce même jour, j'attendais Mlles Lemeur et Hamon, de Plouézec et d'Yvias (Côtes-du-Nord). Elles m'apportaient des tickets d'alimentation, que des inspecteurs résistants de Rennes, complaisants, transportèrent durant tout le parcours. Je les ai jointes à la sortie de la gare et les ai averties à temps.

.- Mais le climat de Rennes devenait dangereux pour vous?

- Trop. L’inter Michel m'envoya dans les Côtes-du-Nord, où je me reposai huit jours à Plouézec et où je rencontrai Yves, responsable des Côtes-du-Nord. Et, de là, je partis pour Paris, où je me terrai quinze jours et passai au travers des fouilles du Sentier, puis dans le Calvados, où je repris liaison.

- Qu'advint-il des F.T.P. arrêtés.?

- Jean Turmeau s'était évadé de la Prévalaye, le soir du 7, en marchant sur la gouttière et en descendant deux étages par ce chemin. Il se cacha chez M. Gernigon, à Goven. Quant à Messenich, mais ceci est une autre histoire...

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Dernière mise à jour:11/03/2016

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