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GUSEN

A Gusen, les Nazis exploitent les carrières de granit, grâce notamment à l’envoi dès 1940 de milliers de Républicains espagnols. A partir de 1943, les détenus y sont massivement utilisés dans les usines installées par les firmes Steyr, Daimler, Puch et Messerschmitt pour la fabrication des pièces de fusils et des moteurs d’avions. En 1944, pour parer aux attaques aériennes, des galeries souterraines abritent progressivement des chaînes de montage. Gusen II voit ainsi le jour pour recevoir les milliers de prisonniers nécessaires à ces travaux de creusement.

"Starving inmate of Camp Gusen, Austria."

 

 

GUSEN II

"Bagne des bagnes, enfer des enfers, le camp de la mort, le camp du meurtre, le camp du suicide, le camp de la folie. Où êtes-vous, tous mes camarades qui êtes entrés, un matin d'avril 1944, dans ce camp ouvert pour nous, et vous autres qui êtes venus, en incessants renforts combler les vides, renforcer nos rangs ?

Gusen II, dont le nom seul faisait trembler ceux de Gusen I, ce camp qui passa pour être le plus terrible des kommandos sous la tutelle de Mauthausen.

|Gusen II et sa monstrueuse usine souterraine.

Gusen II, après Buchenwald, après Mauthausen, après Gusen I, c'est la fin de la voie sur la ligne de la grande aventure, c'est le buttoir après lequel il n'y a plus rien : que la nuit, que la peur, que la mort.

On ne revient pas en arrière, on ne va pas de Gusen II à Gusen I ou à Mauthausen.

Ici, nous sommes tous bons pour la casse. Il n'y a qu'une porte de sortie : la grande, celle qui passe par la cheminée.
Le camp, à son ouverture, comptait quatre Blocks ;quelques mois après, il en avait dix-neuf. Les baraques sont beaucoup plus grandes que dans tous les autres camps où nous avons passé. Dans sa forme définitive, le camp a une population beaucoup plus forte que celle de Gusen I.

Une cinquantaine de milliers d'hommes sont morts dans ce camp ou dans la montagne où ils creusèrent vingt-huit kilomètres de galeries."

Extrait du livre de Bernard ALDEBERT: Chemin de croix en 50 stations. Librairie Arthème Fayard P. 72

 

La libération du camp de GUSEN II

"Nous sommes en avril 1945 et nous entendons, la nuit, le bruit du canon.

Il faudrait que les choses aillent Vite, très vite. C'est une question de jours ; nous ne touchons plus qu'un kilo de pain pour vingt-quatre hommes. Après la faim, c'est la famine.

Le camp entier semble être habité par des fantômes. Exception faite, bien entendu, pour la race des Seigneurs qui continue à festoyer sous nos yeux et qui garde, intacte, la vigueur nécessaire pour nous torturer.
Un matin d'avril, les Français sont rassemblés; maigre rassemblement à travers lequel nous mesurons l'épouvantable hécatombe qui fut faite parmi nous. A mon Block, nous ne sommes plus que six ; nous étions cent quarante en avril de l'an passé.

Nous devons être rapatriés par la Croix-Rouge, bénéficiant d'un échange de prisonniers politiques?...
Ceux que nous allons laisser, par dépit ou sincèrement, versent chez nous le fiel du pessimisme.
Ils veulent nous convaincre que nous allons passer tous par la chambre à gaz. Toutes les pensées, bonnes ou mauvaises, tourbillonnent dans nos têtes malades. Nous avons appris à être fatalistes. Nous verrons bien.
Nous allons à pied de Gusen à Mauthausen. Nous avons mis plusieurs heures pour arriver jusqu'à ce camp, distant de quelques kilomètres. Cette dernière étape de notre chemin de croix ne fut pas la moins douloureuse. Cramponnés les uns aux autres, avançant comme des hommes ivres, les uns portant les autres, nous avons passé sous la porte de Mauthausen.

Le rapatriement était bien une chose prévue, mais les voitures de la Croix-Rouge ne vinrent jamais, la ligne de feu leur interdisant le passage.

Le 5 mai 1945, les Américains faisaient leur entrée à Mauthausen.

Le même jour, à Gusen, la libération donnait lieu à une effroyable tuerie. La plupart des tyrans furent massacrés par les détenus déchaînés. Livrés à eux-mêmes, les hommes, pillant ce qui restait dans les magasins, rendus fous par la faim, s'entr'égorgèrent, transformant Gusen II en un immense charnier que survolait une multitude de corbeaux."


Extrait du livre de Bernard ALDEBERT: Chemin de croix en 50 stations. Librairie Arthème Fayard

 
 

GUSEN II : LES " JUD "


"Les quelques rescapés que nous avons encore au Block passent presque inaperçus. Ils se glissent comme des souris galeuses à travers les groupes, cachant leurs têtes effrayantes de clowns de la douleur. Leurs visages, que déforment les tuméfactions, sont remplis de croûtes purulentes, de balafres sanguinolentes. Les dents sont cassées. On aperçoit seulement dans leurs visages écrasés, des yeux exorbités que la mort fixe déjà de son épouvantable immobilité.

S'ils passent à la soupe avec les autres, ils reçoivent plus souvent un coup de louche sur la tête que leur ration. C'est à peine s'ils portent leurs mains maigres jusqu'à leur crâne d'où le sang pisse en filets noirs. Ils semblent déjà loin.
Pour le pain qui est distribué entier par groupes et qu'ils doivent partager avec d'autres camarades, ils n'auront jamais leur part. Systématiquement, ils sont volés.

Dans le camp, les " Jud " sont affectés à toutes les répugnantes besognes. Ce sont eux qui assurent la vidange. S'ils n'étaient pas là, ce serait sans doute aux Français que serait confié ce poste de confiance.

Des enfants juifs sont plongés nus dans les fosses ; cramponnés à une échelle de fer, ils se font passer les seaux pleins que d'autres vident dans un wagon citerne.

Leurs corps, que déforme le rachitisme, sont répugnants avoir. Ils sont couverts de ces matières immondes qui s'égouttent des seaux.

Ces gosses, avec des gestes d'un automatisme résigné, accomplissent leur besogne sans murmurer.
Les aboiements des Kapos ne semblent pas les tirer de la torpeur où ils sont enfermés.
Peut-être pensent-ils aux choses auxquelles pensent les petits, rêvent-ils d'un autre monde, si près d'eux où l'on ne battrait plus les enfants, un monde illuminé d'étoiles qui ne seraient pas jaunes ?...

"
Extrait du livre de Bernard ALDEBERT: Chemin de croix en 50 stations. Librairie Arthème Fayard P. 72

 
   
Sources:
Mémorial des déportés de France