Sources:
Les crimes de guerre allemands dans la Mayenne: Comité départemental de Libération de la Mayenne. Notice historique établie par R. Bignon.Documents communiqués par Jacques Garcin, Président de l'Association Départementale "Mémoire de la Résistance.
Printemps et été 1944 à Lignières-la-Doucelle et Orgères-la-Roche. VIie, drames, espiors et libération. André Robert et Christian Ferrault. Avec la participation de Madeleine Catois et Pierre Tonnelier
Constitution du maquis
Vers la fin mai 1944, le commandant Pétri, de Rennes — dit Loulou, — chef des F. T. P. bretons, demanda à M. Rave, instituteur à La Baroche, avec qui il était eu liaison, de prévoir l'organisation d'un maquis dans la région Nord-Est de la Mayenne.
Des F. T. P. d’llle-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord, des évadés de la prison de Vitré, sous le commandement de Loulou, constituèrent le noyau principal des combattants. A eux se joignirent des Mayennais des groupes locaux de résistance (groupe Rave) et des Ornais (groupe du commandant Viel, de la Ferté-Macé)
L'armement fut assuré par l'A.S., grâce à là répartition d'un dépôt de 5 tonnes camouflé chez M. Gautier à la Baroche-Gondoin et à quelques armes transportées du maquis de Fougères à Lignières. La petite troupe avait établi son camp à la ferme de la Gérarderie, située à 2 km 800 à vol d'oiseau au sud du bourg de Lignières, à l’orée même de la forêt de Monnaie, Le lieu était excellemment choisi. La ferme de la Gérarderie était occupée et exploitée par un célibataire, Eugène Bobot, âgé de 50 ans, membre de la résistance locale ; elle était desservie, à partir de la route Lignières-Saint-Calais, par un seul chemin de terre, long d'environ 1 kilomètre, bas, couvert et en très mauvais état ; les bâtiments, masqués par la végétation très dense des haies et de la lisière de la forêt, échappaient aux regarda jusqu'aux approches mêmes de la ferme.
Aucun incident ne marqua la vie des maquisards pendant la première quinzaine de leur séjour à Lignières. Mais il est certain que leur présence avait été portée à la connaissance des occupants par des dénonciations. C'est ainsi qu'à la suite d'un coup de main exécuté le 13 Juin, un détachement allemand de la Ferté-Macé se livrait sans la moindre hésitation à une expédition punitive contre le camp de la Gérarderie.L'attaque allemande du 13 juin:
Le mardi 13 juin 1944, en effet, un groupe de F» T, P. de ce camp conduit par Loulou avait été chargé d'attaquer les transports allemands dans la région de la petite localité d'Orgères. Vers 10 heures du matin, le groupe attaquait avec succès au lieu dit « Le Fougeray », à la limite même de la Mayenne et de l'Orne , un camion de la Wehrmacht, transportant une douzaine d'hommes. Sept ennemis étaient tués, 3 faits prisonniers, Malheureusement le reste des occupants du véhicule pouvait s'échapper et donner l'alarme.
Un blessé du maquis, Paul Lasnier, et un prisonnier allemand étaient conduits à la ferme de la Cornière, chez M. Catois fils. Deux autres prisonniers étaient amenés à la Gérarderie.
Vers 14 heures, des renforts allemands — une compagnie» — venus en camion de la Ferté-Macé, cernaient le bourg de Lignières et, aidés par les miliciens qui en profitèrent pour piller le bureau de tabac, maintinrent en respect une partie de l'après-midi la population terrorisée. Un groupe d'Allemands se rendit à la ferme de la Cornière pour délivrer le prisonnier et s'empara du blessé qu'ils martyrisèrent littéralement.
Au cours de l'après-midi les mêmes Allemands qui arrêtaient et retenaient à la ferme les personnes de passage, arrêtèrent le Docteur Lasserre, de Pré-en-PaiI, qui venait pour donner ses soins aux blessés du maquis, ainsi que M. Planchais, vétérinaire, qui avait conduit le médecin en auto. Les deux hommes furent contraints de rester allongés à terra, dans la ferme, et à plusieurs reprises furent brutalement frappés. Chez M. Royer, les Allemands arrêtèrent M. Desmeulles1, professeur d'histoire à Alençon, chef départemental de l'A.S. de l’Orne qui se trouvait là malencontreusement, et frappèrent sauvagement Mme Royer pour lui faire avouer où était son mari.
Le soir du même jour, vers 19 heures, les mêmes troupes allemandes en camion débouchaient à l’entrée du village de la Fouchardière (où vient aboutir le chemin de la Gérarderie), sur la route de Saint-Calais, et procédaient immédiatement à l’attaque du camp.C'est Alain Le Gac, natif de Pleurtuit, 21 ans, ouvrier imprimeur, qui se trouve être de guet pour la défense de la ferme. Il est armé d'un fusil-mitrailleur. Dès qu'il voit les premiers soldats allemands dans sa zone de visée, il lâche sa première rafale. A ce moment là, c'est le branle-bas de combat. Lors du combat, le commandant Pétri se trouvait dans le grenier de la ferme avec un groupe de camarades et ils faisaient feu sur les assaillants afin de les contenir à distance et permettre au gros de la troupe de gagner les couverts de la forêt de la Monnaie. Le commandant Pétri a retraité à l'extrême limite, avec deux hommes, alors que les grenades à manches éclataient près de lui.
La petite troupe de F, T. P. dut céder sous la supériorité du nombre et de l'armement. Mais tous les maquisards ne purent s'échapper.
Plusieurs furent tués à leur poste de combat, dans la ferme. Sept autres devaient être capturés et sauvagement abattus par les Allemands. Ceux-ci devaient payer cher leur attaque, puisque 22 des leurs tombèrent, y compris le lieutenant commandant la compagnie qui mourut à l'hôpital d'Alençon.
Les sept victimes françaises furent amenées an carrefour de la Fouchardière, près du lieu de stationnement des camions allemands. Alignés le long de la clôture de fil de fer barbelé d'un petit enclos voisin, ils furent exécutés presque à bout portant. Il s'agissait de :
René Pelé Robert Gougeon Gilbert Zoccolini René Pelé, né le 26 mars 1924, à Fougères. Biographie
Auguste Leduc, né le 9 octobre 1922, à Fougères.
François Cheminel, né le 26 novembre 1924, à Ernée. Il a pris part à l'attaque des garages OPEL à Fougères et a délivré de fausses cartes d'identité et ravitaillé le maquis de Fougères. Arrivé au maquis de Lignères-la-Doucelle en Mayenne, il participe à la pose de mines sur les routes et aux attaques de convois. Le 13 juin, il participe à la défense du camp. Fait prisonnier, il est fusillé en compagnie de 10 de ses camarades.
Paul Lasnier, né le 4-janvier 1925, à Laignelet (I & V)
Robert Gougeon, né le 28 août 1925, à Fougères. (Avait participé à l'attaque de la prison de Vitré).
Gilbert Zoccoolini, né le 5 avril 1924 en Corse.
Marcel Cottin, Né le 19 février 1898, à Saint-Denis{Seine) demeurant à Lignières.Il faut souligner que les Allemands ont aggravé leurs crimes en fusillant parmi ces 7 victimes, 2 blessés : Paul Lasnier et Gilbert Zoccolini, Mlle Simone Viel (la fille du commandant), de la Ferté-Macé, agent de liaison, fut également arrêtée, interrogée, puis finalement emmenée à Alençon et déportée.
VIEL / PUECH Simone , dite Simone Verger, née le 28 mai 1920 à St-Calais (72).Déportée de Paris, gare de l’Est le 3 août 1944 vers Sarrebruck (camp de Neue Bremm). matricule 51443. Autre lieu de déportation: Ravensbrück, Gartenfeld où elle libérée le 22 avril 1945. Témoignage
Quant aux autres victimes retrouvées après le combat dans la ferme qui avait été incendiée en représailles par les Allemands, leur identification fut plus difficile, car certains cadavres étaient calcinés.
Il s'agissait de :
Roland Bourgoin, dît «Delattre» né le 18 avril 1917 à Lorient, demeurant à Rouen.
Eugène Richomme, né le 10 mars 1925, à Rennes.(Avait participé à l'attaque de la prison de Vitré)
Pierre Jouan, né le 18 avril 1890, à Collinée (Côtes-du-Nord)
Alain Le Gac, de Dinard.(Avait participé à l'attaque de la prison de Vitré)
Le propriétaire de la ferme, Eugène Bobot, né le 5 avril 1883 à Lignières» fut retrouvé dans un champ voisin, où il avait été tué au moment de la bataille alors qu’il se disposait à traire ses vaches.
A la suite du combat du 13 juin, les Allemands ont usé d'autres représailles en incendiant, le vendredi 16 juin, divers immeubles dont ils savaient que les occupants avaient une activité dans la Résistance. C'est ainsi qu'ont été brûlées :
L'école publique de garçons, la maison du maire, M. (Catois, la maison de Mme Fléchard, et la ferme de M. Catois fils, où s'étaient déroulés, le 13 juin, les événements relatés plus haut.
Il paraît acquis que l'attaque allemande contre le camp de la Gérarderie a été entreprise à la suite de dénonciations relatives au lieu de retraite des maquisards. On ne s’expliquerait pas autrement que les Allemands soient venus directement, le 13 juin, à la Cornière et, le soir, attaquer la petite formation française.
Les soupçons pouvaient se porter sur quatre miliciens d'Argentan, les nommés D..., L..., J... et N...., et plus particulièrement sur les deux premiers, D... et-L... qui, le 7 juin au soir, étaient venus se présenter chez M. Royer, instituteur public à Lignières, se faisant passer pour des maquisards désireux de se joindre au groupe local. M. Royer put, heureusement, éventer le piège à temps et prendre les mesures de sécurité nécessaires. Entre temps, les faux maquisards qui s’étaient mêlés aux gens du bourg avaient pu obtenir quelques renseignements.
Les miliciens travaillaient également en liaison avec les époux B..., de Joué-du-Bois (Orne).
L..., N... et les époux B... ont été arrêtés après la libération.
Responsable de la Gestapo en France, Helmut Knochen déclarait: "Il faut que l'on se souvienne que toute la population allemande en France occupée n'a pas compté plus de 2 000 à 2 400 hommes et femmes, y compris les chauffeurs et les téléphonistes, et que, si la police française, les auxiliaires ne nous avaient pas aidés, jamais nous n'aurions pu faire quoique que ce soit.".
En ce qui concerne les troupes allemandes qui ont participé à l'attaque de la Gérarderie, aucune indication ne peut être fournie, sinon qu'elles devaient venir de la Ferté-Macé.
Le commandant allemand de cette place était connu dans la région sous le surnom de « Don Quichotte ».
On connaissait également le nom du chef de la Gestapo d'Alençon» Hantz, qui résidait à Condé-sur-Sarthe.
1 -M. Desmeulles, professeur d'histoire à Alençon, chef départemental de l'A.S. de l’Orne, sera déporté de Pantin, le 15 août 1944 vers Buchenwald. Il décédera le 12 mai 1945 à Bergen-Belsen.
Autre site:
http://www.lignieres-orgeres.fr/histoire/guerre_39-45_lignieres.htm
http://www.lignieres-orgeres.fr/histoire/ouvrages_litteraires.htm
Printemps et été 1944 à Lignieres la Doucelle et Orgeres la RocheVIE, DRAMES, ESPOIRS ET LIBERATION
D'Andre ROBERT et Christian FERAULT
Avec la participation de Madeleine CATOIS et Pierre TONNELLIER