accueil-mdg1.gif (1380 octets)

LA DÉPORTATION DES 15 FINISTÉRIENS

Ed:06/12/2016

 

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages, des documents ou des photos sur cet événement  write5.gif (312 octets)

 

Ce récit est l'histoire de ces 10 aviateurs et de ceux qui les ont aidés au péril notamment de leur vie. Il a été réalisé à partir du remarquable récit du recteur Stanislas LE DUFF, de différents ouvrages et de témoignages recueillis en juillet 2010.

Bibliographie :

Récit du recteur Stanilas LE DUFF paru en 1989 et 1990 dans le bulletin interparoissiale duCloître-Pleyben, de Lannédern et de Loqueffret,
« Clandestins de l'Iroise » de René PICHAVANT,
« Par les nuits les plus longues » de Roger HUGUEN,
« Chantier d'évasions – Carantec 1940-1944 – Réseau SIBIRIL-ALLIANCE » de RogerHUGUEN,
« Le Finistère dans la guerre » de Georges-Michel THOMAS et d'Alain LE GRAND,
« Missions de bombardements américains sur Saint-Nazaire » de Michel LUGEZ,
Récit écrit de Sebastian VOGEL,
Récit écrit de monsieur Yves NICOLAS demeurant à Port-Launay, près de Châteaulin,
 Récit de madame Marie-Renée Coléno, fille du docteur René COZANET – avril 1994

L'aide apportée aux 7 aviateurs américains tombés au

Cloître-Pleyben eut un prix terrible.

Les 15 condamnés conduits vers des camps de concentration : du Finistère jusqu'à Trèves

Le 14 juin 1943, dans la matinée, les Allemands font monter les 15 condamnés dans un camion. Au lieu de se rendre à la gare de Quimper, le camion se rend à Rosporden. Les Allemands craignaient peut-être une action de la Résistance pour les libérer. À Rosporden, ils les font monter dans un wagon de voyageurs, après les avoir attachés deux par deux à l'aide de menottes. Ils débarquent dans la soirée à la gare Montparnasse à Paris. Ils passent un jour à la prison de Fresnes, au Sud de Paris, un laps de temps suffisant pour se rendre compte que la réputation de prison sinistre attachée à cet établissement pénitentiaire est conforme à la réalité. Les 15 Finistériens sont ensuite incarcérés une quinzaine de jours à la prison du Cherche-Midi, située à Paris à proximité de la gare Montparnasse (nota : cette prison a été détruite, cependant un monument rappelle les heures sombres de que nombreux résistants y ont passé dans l'attente pour certains d'entre eux de leur exécution).

Le 1er juillet, ils sont embarqués à la gare de l'Est dans un train en partance pour l'Allemagne. À Trèves où ils ont débarqué, Émile BALEY, pris pour un juif à cause de son nez busqué, est violemment frappé à coups de schlagues par des soldats SS.

À Trèves les hommes et les femmes sont séparés

Le 2 juillet 1943, après une nuit à la prison de Trèves, un premier tri est opéré parmi les 15 Finistériens :

les 4 femmes sont ainsi séparées de leurs compagnons d'infortune et envoyées à la prison de Flussbach ;

les 11 hommes sont transportés dans un camion à Hinzert, un « Sonerlager » ou « camp spécial », situé à une trentaine de kilomètres.

LA DÉPORTATION DES 11 HOMMES

Les 11 hommes au camp d'Hinzert (Lien wikipedia)

« Le lendemain matin, raconte François MOAL, c'est le dimanche 4 juillet 1943 et notre seconde journée qui commence à Hinzert. Nous voyons monter bien haut dans le ciel un drapeau noir sur lequel se détache deux grandes lettres blanches : SS. Nous vivons dans une vraie terreur. L'après-midi nous assistons au passage à tabac d'un malheureux Polonais. Pendant une heure le kapo du camp assisté de l'adjudant ne lâche pas sa victime. Et enfin, fatigué lui même, il laisse sur le terrain un homme défiguré qui ne peut plus se traîner. Devant ce spectacle insoutenable, Jean-Louis LE BAUT est complètement démoralisé : « Nous sommes fichus », s'écrit-il. François-Louis LE BIHAN a le moral assez bas lui aussi. Mon père, lui, tient bon et se fait violence pour ne pas se laisser abattre.

6 des 11 hommes sont transférés début juillet 1943 du camp d'Hinzert à la prison de Wittlich

Le lendemain, grande nouvelle : un départ se prépare ! Les invalides vont quitter le camp. Papa (Jean-Louis MOAL), Jean-Louis LE BAUT et François-Louis LE BIHAN sont du nombre et je suis content pour eux. Émile BALEY, Césaire de POULPIQUET et Jean-Yves HASCOËT réussissent également à partir, mais pour l'instant nous ne savons pas où ils vont. Ils seront transférés à la prison de Wittlich, où leurs compagnons d'infortune les retrouveront plus tard lorsqu'ils y seront eux mêmes amenés.

5 des 11 hommes restent au camp d'Hinzert

« De notre groupe ne restaient donc au camp que Jean CROUAN, Jean-René HASCOËT, René HASCOËT son autre fils, le docteur René COZANET et moi-même (François MOAL). Le docteur eut un poste de tout repos au « revier » (infirmerie), tandis que René HASCOËT allait bientôt à l'hôpital de Hermeskeil, à 8 kilomètres d'ici. René garda un souvenir inoubliable de cet hôpital et surtout des religieuses. Sœur Ernesta GILLES en particulier, qui y soignaient les déportés atteints de scarlatine. Elles ont risqué leur vie pour aider ces malheureux, les soustraire à la tyrannie des SS, disant qu'ils n'étaient pas guéris, faisant monter leur température, les entourant de leur affection, et les faisant échapper pour quelques semaines à l'enfer d'Hinzert. Je (François MOAL) restai moi même quelques semaines à la « quarantaine », c'est à dire à la baraque où je venais de dormir. Tous les jours nous sortions faire l'exercice dans la cour. Les coups pleuvaient de tous les côtés, parce que nous ne comprenions pas les commandements donnés en allemand, et que nous avions parfois une certaine difficulté à apprendre notre numéro en langue germanique. J'avais donc personnellement le numéro « 6897 », c'est à dire : « acht und sechzig sieben und neunzig ». Si nous avions le malheur de ne pas répondre « hier » à la première sommation le nerf de bœuf faisait son office !

Un beau jour il nous fallut évacuer la « quarantaine » pour nous rendre à la baraque où la vie était intenable. Le chef de baraque, un Allemand du nom de HEINRICH mettait son point d'honneur à nous battre le plus possible. Nous étions de 18 nations différentes. Souvent le soir le chef nous faisait sortir en chemise par une porte large d'un mètre et nous cassait des bâtons sur le dos si nous ne sortions pas assez vite. Quand les bâtons faisaient défaut, les tabourets s'abattaient sur notre dos.

D'autres fois il nous fallait rester des heures entières en chemise et au garde-à-vous. Je couchais avec Jean CROUAN et le père Jean-René HASCOËT, pour avoir plus chaud, car on n'avait pas le droit de dormir avec un caleçon. Le délinquant en effet passait un quart d'heure sous la douche froide et cette perspective ne nous souriait guère. Le matin, dès le premier « Aufstehen » (debout !), nous devions être rangés au garde-à-vous en chemise, en attendant l'arrivée du gardien.

Après son passage, nous nous débarbouillions et faisions notre lit. Celui-ci devait être fait au carré. Souvent je me suis vu privé de mon pain parce que mon lit était mal fait. Notre travail consistait à casser du bois ou à porter des souches ; de 6 heures du matin à 7 heures du soir nous trimions sans arrêt, récoltant des coups par-ci, des coups par-là ! Les heures étaient interminables. Quand pour une raison ou pour une autre il nous fallait traverser la cour, nous devions toujours courir et en passant devant un SS ou le « kapo », nous détourner, enlever notre calot et sans cesser de courir, regarder droit dans les yeux ces tyrans.

Au réfectoire nous étions 3 ou 400 personnes ensemble. Nous prenions notre gamelle sur une table et allions nous asseoir à une table. Là nous attendions que tout le monde soit assis et que le gardien nous dise : « Anfang » (commencez !). On n'entendait alors que le bruit des cuillères et des mâchoires qui happaient plutôt qu'elles ne mangeaient. Nous avions en effet sept minutes pour manger une soupe bouillante, et au bout de ces sept minutes, fini ou pas fini, il nous fallait sortir, non sans essuyer la douceur du bâton d'un SS posté à la porte ! Nous sortions les uns sur les autres , et quand l'un de nous tombait, les dix suivants au moins s'étalaient sur lui !

Le 31 août 1943, continue François MOAL, par un bel après-midi, je travaillais avec quelques copains à la désinfection d'une baraque, lorsque nous entendons un petit bruit sec qui nous précipite aux fenêtres. Nous voyons alors un homme couché sur la cour avec un gardien à ses côtés.

Intrigués, nous nous demandions ce qui se passait exactement, lorsqu'un coup de sifflet strident rassemble tout le camp au milieu de la cour pour assister à l'agonie du détenu baignant déjà dans une mare de sang. Le malheureux râlait et de se tordait en proie à des souffrances horribles. Nous contemplions sans mot dire cette scène inoubliable. Un de mes camarades tomba en syncope. Après que le garde eut achevé sa victime, SPORRENBERG, le commandant du camp, prononça une oraison funèbre en ces termes : « Messieurs, cet homme était un traître. Par ses propos, il a voulu combattre le Grand Reich ! Voilà comment il a été puni, voilà ce qu'il en coûte de faire de la propagande contre le Reich. Celui-ci a payé, et je vous donne ma parole que, dussais-je vous fusiller tous, je ferai taire ces mensonges ... ». Et enfin, en nous montrant un de nos camarades, un Alsacien qui était devenu son espion, il poursuit : « Quiconque osera s'attaquer à cet homme aura affaire à moi ». Cet Alsacien, nommé ARNOLD, était un bandit et un escroc de la pire espèce. N'ayant aucune conscience, il prenait plaisir à frapper les autres détenus, surtout les Français. Que de fois n'a-t-il pas dit : « Ah ces Français ! Je vous ferai crever tous ici, bande de putains ! ». Sa cruauté allait jusqu'au cynisme. Un jour, tout fier de ses performances, il vint se vanter devant nous : « Ah, dit-il, aujourd'hui je suis content, j'ai donné au moins 600 coup de nerfs de bœuf à ces salauds de Français ». Et ses yeux brillaient d'un sinistre éclat ; il jouissait vraiment comme un sadique.

Pour en revenir à SPORRENBERG, le commandant du camp, lui aussi était un personnage sinistre que personne n'aimait rencontrer. Ses yeux brillaient toujours d'une étrange façon, dans son sourire ironique se mêlaient la haine et le plaisir de faire souffrir, et son regard nous glaçait d'effroi ! C'était par ailleurs un homme bien taillé, âgé de 47 ans, et qui fut l'un des premiers partisans d'Hitler. Fils de cafetier et membre des Waffen SS, c'était un « pur », qui assumera jusqu'au bout et avec détermination le régime de terreur instauré à Hinzert. À propose de terreur, je relate ici quelques autres faits horribles qui s'étaient passés avec mon arrivée, mais dont tout le monde parlait dans le camp ! Un brave Hollandais commit un jour le crime de répondre par un coup de poing aux vexations d'un SS. Il fut aussitôt ligoté et décapité à la hache, séance tenante !Bien souvent de malheureux déportés étaient condamnés des jours et des nuits au garde-à-vous dans la cour, attachés deux par deux et dos à dos, ils ne pouvaient faire un seul mouvement. Le matin, la neige couvrait leurs épaules et leurs têtes. Bientôt ils pliaient les genoux, l'agonie commençait sous le ricanement des SS. Enfin ils glissaient doucement et tombaient, la mort en avait eu raison !

Une autre fois, la mort d'un Juif fut décidée. Tandis que ce malheureux travaillait, on vint lui apporter cinq ou six litres de soupe. Ensuite on lui offrit une cigarette et on lui demanda de chanter une chanson. Puis le « kapo » le prit et le plongea à plusieurs reprises dans l'étang, croyant le faire mourir de congestion. Mais il n'y avait rien à faire, le Juif se raidissait et vivait encore : « Ah ! Ah ! Tu ne veux pas mourir, s 'écria le « kapo », attend un peu ! ». Il empoigne alors le malheureux et le plonge à plusieurs reprises dans un bassin d'eau bouillante jusqu'à ce que mort s'ensuive ! Entre temps, un médecin français qui venait d'assister, impuissant, à la scène, mourait d'émotion au « revier » (infirmerie) en prononçant ces paroles devant ses camarades : « Oh, je suis un lâche, je suis un lâche ! ».

Vers la fin du mois d'août 1943 on nous envoie au glanage. Toujours au pas cadencé ! Il fallait faire des kilomètres et des kilomètres. J'avais les pieds en sang, mais il fallait marcher quand même. Pour entrer dans les champs nous devions grimper des talus avec les chiens à nos talons. Une fois dans le champ, nous nous mettions sur une même file, et là, courbés en deux, nous ramassions les épis de blé. La faim nous faisait manger de l'herbe ou des grains, mais si le gardien nous voyer remuer les mâchoires, les crocs des chiens dans nos mollets nous faisaient crier de douleur et nous ôtaient l'envie de recommencer. Nous rentrions au camp épuisés, incapables du moindre effort, et pourtant il fallait se raidir et être encore présents à l'appel. Un jour cependant la faiblesse eut raison et je tombai en syncope. Le lendemain, je me présentais au « revier » mais le kapo du camp me lançant un coup de pied me fit courir autour de la cour, ce qui me mit d'aplomb, je vous l'assure ».

« Un soir de septembre 1943, je me trouvais à la baraque 4 où pendant une quinzaine de jours je couchais à même le plancher avec une seule couverture, lorsque le kapo du camp vint nous trouver. Après une enquête minutieuse, il se mit en devoir d'administrer une correction à un malheureux Bordelais qui lui avait répondu : « Je ne dénoncerai jamais mes camarades ! ». Le kapo, ne se contenant plus, devient une brute déchaînée, et avec un nerf de bœuf il se met à frapper notre camarade. Le sang giclait de partout ! Les bras enfin fatigués, le bourreau emploie ses pieds et bottait notre camarade sur tous les points les plus sensibles du corps. En partant il promet à sa victime de le faire mourir en quinze jours ! Nous savions ce que cela voulait dire. Heureusement, nous ne devions pas rester 15 jours au camp.

Quand un gars mourait, il était mis à nu. Les SS venaient lui arracher ses dents en or. Ensuite on l'entourait d'un morceau de carton, et dans une charrette à quatre roues on le conduisait à la sapinière. Un trou était vite creusé, et si le trou était trop petit le kapo montait danser sur le corps pour le tasser ! Un peu de terre par dessus, et c'était tout ! Il venait de disparaître dans les nuages, c'est-à-dire de s'évanouir comme une ombre. La famille ne saura jamais où a disparu ce mari, cette épouse, enlevés un beau jour à son affection pour avoir fait leur devoir.

Au début d'octobre 43, je réussis à passer à la chambre 10 où se trouvaient les malades et les invalides. Là nous avions affaire à un chef de chambre alsacien, pas commode lui non plus. Il nous faisait sortir en effet dès 8 heures du matin. À cette époque il faisait pourtant déjà froid ; la gelée blanche avait fait son apparition et nous restions des heures entières assis sur un tabouret, sans pantalon, à claquer des dents. Un jour, quelques camarades poussés par la faim dérobèrent un choux rouge ! Mal leur en prit, car dénoncés par ARNOLD, ils essuyèrent chacun 25 coups de nerf de bœuf et passèrent toute la journée et une partie de la nuit au garde-à-vous dans la cour avec rien à manger. J'avais un camarade parmi ces malheureux, un gars de Clohars-Fouesnant. Jean CROUAN et moi, nous lui réservions un peu de notre pain, mais nous dûmes lui faire violence pour qu'il accepte ! C'est que très fier et sachant que nous nous privions pour lui, il ne voulait d'abord pas accepter.

Le décès de Monsieur Césaire de POULPIQUET

Monsieur Césaire de POULPIQUET quitta Hinzert aux alentours du mois d'août 1943 en raison de son mauvais état de santé. Très affaibli, il avait en effet été conduit à l'infirmerie de la prison de Wittlich, où il mourut le 5 août 1943.

Les 4 hommes restant au camp d'Hinzert sont transférés à la prison de Wittlich, où ils retrouvent leurs 6 compagnons d'infortune

Enfin, le 14 octobre 1943, rassemblement général de tous les déportés français ! Nous nous demandions ce qui allait encore nous tomber sur le dos, et nous étions assez inquiets en nous rassemblant par rangs de cinq. Le Kapo du camp fait l'appel de tous les numéros, et à chaque fois quelqu'un devait répondre « hier ». Le commandant nous fait ensuite un petit laïus et beaucoup d'entre nous voient déjà en perspective le retour en France. D'ailleurs comment ne pas y croire puisque le préposé à la garde des waters affirmait avoir entendu dire par quelqu'un de sérieux que nous rentrions tous en France ! La raison était facile à comprendre : l'Italie avait capitulé, les Alliés étaient au Col du Brenner, et bientôt l'Allemagne serait vaincue !

En quelques heures nous fûmes bientôt revêtus de nos costumes civils. En temps ordinaire nous aurions admiré la richesse de costume du défilé de ces 230 Français. Ceux-ci en effet avaient été enlevé brusquement de chez eux et n'avaient pas eu le temps de prendre des effets ! Beaucoup étaient en tenue de travail, d'autres en tenue de sortie, d'autres en militaire, et dans le tas il y avait même un gendarme en tenue. Après l'habillement les 230 Français couchèrent dans une même baraque, où les lits évidemment faisaient défaut. Pour moi, je m'assoupis sur une chaise. Le lendemain, à 3 heures du matin, départ pour la petite gare de Reinsfeld distante de 5 kilomètres. Il faisait très froid, et malgré la longueur de la route nous avions les pieds gelés en arrivant à la gare. Le petit train arrive bientôt, et nous voilà entassés dans des wagons à bestiaux, claquant des dents, et nos estomacs criant famine. Depuis 7 heures la veille, nous n'avions rien dans le ventre. Le moral était pourtant excellent et il y avait de quoi, car nous nous disions bien que nous ne pouvions pas tomber plus mal qu'à Hinzert ! Arrivés à Trèves, nous restons là 2 ou 3 heures sur place sans descendre des wagons, avant de repartir pour une destination inconnue. Nous arrivons au but vers 4 heures de l'après-midi, après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres en 12 heures de train. Nous étions à Wittlich et bientôt les portes de la prison s'ouvraient toutes grandes devant notre colonne.

François MOAL est séparé dans la prison des autres déportés en raison de son âge

« Je me tenais le plus près possible de Jean CROUAN et du père Jean-René HASCOËT, mais malheureusement j'en fus bientôt séparé. Ceux qui n'avait pas 21 ans avaient en effet été mis à part. Un bloc spécial était prévu pour eux et force me fut de me ranger parmi eux. Nous constations déjà un changement sensible : les gardiens étaient plus aimables et ne portaient pas le nerf de bœuf à la main ! Même un vieux à la barbe grise, surnommé « BISMARK » par la suite et qui voulait à tout prix que je sois étudiant, me donna un morceau de pain, qui ajouté à une bonne soupe aux pois réussit à calmer un peu ma faim ! »

« Je (François MOAL) tombai en cellule avec un gars de Nancy et un Finistérien, Jean RUNAVOT, réfugié à Trédudon, en la Feuillée ! Avec lui je pus causer un peu du pays. C'était un  bon petit gars au regard franc, mais l'éducation lui avait manqué. Il avait été pris les armes à la main. Mais malheureusement nous fûmes bientôt séparés, et je tombai avec un Normand et un gars de Château-Thierry. Le premier avait à peine 19 ans ; orphelin de père et atteint de tuberculose, il mourut au début de 1945. L'autre de mon âge, était déjà marié et ne semblait guère enchanté du tout d'être déjà père de famille ! »

« Cette prison avait une chapelle et un aumônier, le père Anton BARZ. Celui-ci assurait aux prisonniers la messe hebdomadaire et leur faisait entendre ses paroles réconfortantes. Il leur donnait aussi des nouvelles de ceux dont ils étaient parfois séparés pour quelque temps. François MOAL eut ainsi des nouvelles de son père et même de sa mère et des trois autres femmes du groupe. En arrivant de Paris en Allemagne, à Trèves, elles avaient été séparées des hommes et envoyées dans un camp tout près de Wittlich, celui de Flussbach, et ce n'est que maintenant que François apprenait cela. »

« Au bout de 8 jours, dit François, on nous fit travailler à la vannerie. Bien vite nous apprîmes à faire des paniers. Mais c'était l'hiver et nous claquions des dents en travaillant les joncs couverts de gelée blanche ou de neige. Un ancien Uhlan de la guerre 14-18 nous commandait. Âgé de 70 ans mais bien conservé, il m'envoya souvent rouler d'une simple poussée. Dans son service, il était aidé par un Luxembourgeois, un vrai salaud celui-là ! Et dont j'eus beaucoup à souffrir ! Je ne pesai plus que 49 kilos, j'étais faible, et cette faiblesse s'était portée sur la vessie. D'autre part la soupe aux légumes, n'ayant aucune consistance, se transformait en eau presque entièrement. Or on n'avait la permission d'aller au cabinet que deux fois par jour. Évidemment on se débrouillait, mais un beau jour le pot aux roses fut découvert, et alors, quelle raclée ! »

« L'atmosphère qui régnait à la vannerie était détestable. Nous étions là une soixantaine de jeunes Français, et pour un morceau de pain ou un demi-litre de soupe plusieurs embêtaient leurs camarades tout en augmentant la production. Au lieu de nous entendre, nous nous faisions des « crasses » ! L'égoïsme régnait en maître ! Ce qu'un homme devient laid, lorsque la misère lui ôte même le courage de se faire violence et de résister à ses instincts ! »

« Au bout de quelques mois j'eus un furoncle au genou. Je m'en allai bien vite au « revier », où je ne fus pas reconnu ! J'eus le droit à trois jours de pain sec pour avoir voulu tirer au flanc ! Je résolus de me venger : mon genou était démesurément gonflé et j'obtins enfin la permission de rester en cellule. Je tirais le plus possible sur la ficelle. Tout le mois de février je restais ainsi couché, alors que dehors la neige ne cessait de tomber ! Mais çà ne pouvait durer, et un beau jour il y eut une grande visite médicale ! Évidemment je n'étais plus malade, et force me fut de redescendre travailler. »

« Le jour de Noël 1943 j'eus la joie d'apercevoir Papa, mais je n'ai pas pu lui causer. Depuis le 7 juillet je ne l'avais pas vu. Quelle joie de pouvoir nous envoyer un simple regard et un sourire de confiance dans l'avenir. Les Allemands installèrent dans la prison la T.S.F. et nous entendîmes jouer « le Danube bleu », qui me rappela les longues soirées d'hiver à Kergoat quand le phono jouait. »

« Nous avions espéré faire un bon réveillon. On nous avait promis beaucoup, mais en fait nous n'eûmes pas grand chose d'extra. Une petite purée, une tranche de jambon pour nous rappeler un peu la fête. Le 26 décembre 1943, au réveil, mon camarade de chambre se fit battre par un gardien parce qu'il ne se levait pas assez vite ! Quelques jours après, un peu avant midi, on nous fit sortir tous les trois et on nous dit, en nous montrant différents objets de la cellule que nous n'avions pas astiqués : « Regarde, bonhomme, c'est de la cochonnerie ! ». Des paroles ponctuées par trois magistrales gifles à chacun de nous. De ma vie je n'en avais jamais essuyé de si fortes encore !

Notre bourreau était un Américain d'origine allemande ! » « Au mois d'avril 1944, je venais d'avoir 21 ans et je ne pouvais plus rester parmi les jeunes. Je passai donc au bloc des « vieux » où j'ai comme compagnons de cellule deux Bretons de Saint- Quai-Portrieux. Ayant tous les trois une certaine instruction, nous discutions des heures entières sur toutes questions, et le temps ainsi nous paraissait relativement court. Je travaillais encore à la vannerie, mais ce fut bientôt fini. Désormais je devais travailler en cellule à découdre des vêtements. Bien souvent d'ailleurs nous délaissions notre travail pour jouer aux dames ! »

« Par l'intermédiaire de l'aumônier je pus aller voir Papa dans sa cellule et lui causer pendant une heure ou deux. Il avait toujours le moral. Deux mois plus tard, je réussis à me caser dans la même cellule que mon père. Nous passâmes deux mois ensemble. Il me parlait souvent de la maison :

« Que sont devenus la ferme ... les chevaux ? ». Je le consolais de mon mieux en lui disant que la seule chose qui nous importait en ce moment, c'était de pouvoir sortir de cette prison et de rentrer en France où tout s'arrangerait. » « Tous les jours nous entendions les bombardements ; nous essayions de compter les appareils alliés, mais leur nombre était trop élevé. Toutefois chaque vague ravivait notre espoir. Le soir, quand les portes étaient verrouillées, nous entendions des camarades lancer des nouvelles fantastiques, qui bien entendu étaient sans fondement, mais nous les croyions et le but était atteint : le moral remontait une fois de plus. »

« Hélas, nous dûmes attendre bien longtemps avant qu'ils ne débarquent ! Nous étions au début de juin 1944, les bombardements s'étaient accrus depuis quelques jours, et enfin, un mercredi matin, comme nous sortions pour la messe, nous entendîmes la nouvelle que nous attendions depuis 4 ans. La joie renaissait en nous. Nous commencions à former des projets pour le retour. Hélas, l'avenir nous réservait encore de cruelles souffrances et de longs mois d'exil ... ».

Début septembre 1944, François MOAL est transféré seul au camp de Rollwald

La vie à Rollwald est presque tenable, dit François MOAL en continuant son récit. Les prisonniers sont moins battus qu'à Hinzert, mais la nourriture est mauvaise et le travail très dur. De 8 heures du matin à 8 ou 9 heures du soir nous portons des caisses de munitions de 85 kilos, et toujours au pas de course. Le dépôt de munitions se trouvait dans un grand bois de pins où les champignons poussaient à merveille et amélioraient notre ordinaire. Nous les mangions tout crus ! Comme les pourceaux nous nous disputions également les glands. Un jour, pendant une alerte, nous étions planqués dans une tranchée, lorsque j'avisai un superbe champignon que je dévorais des yeux.
Enfin, n'y tenant plus, je sors de la tranchée, mais entendant un claquement sec derrière moi, j'eus juste le temps de me rejeter vivement en arrière : le gardien armait son fusil et me couchait en joue ! J'en fus quitte pour l'émotion. Mais la leçon avait porté, et je résolus de quitter ce « kommando » à tout prix. Un soir, je me fis porter malade ; j'avais un ongle incarné. Au « revier » on m'arrachait l'ongle le soir même, et l'on me mit au repos jusqu'à ma guérison. Quelques jours après, je travaillais à la cuisine, c'était la planque. Évidemment mon pied était guéri, mais je boitais qu'en même, car le « kommando » des « pluches » était une équipe de vieux et d'estropiés. J'y passai trois semaines, mais un dimanche soir, mon chef de block me vira pour me verser au « kommando MÜLLER ». Un gardien nous surveillait pendant que nous faisions du cirage, ou plutôt de la graisse à chaussures. Le travail n'était pas trop dur, mais très sale. Le patron, ancien commandant de l'autre guerre, n'était pas intéressant. Nazi notoire, il se souciait peu de ses prisonniers, qui lui revenaient à peu de frais. Par contre, sa chienne « Hasta » avait toute sa sollicitude. Nous nous vengions en volant des boites de cirage que nous échangions contre du pain. J'eus le bonheur de n'avoir jamais été pris sur le fait, et pourtant tous les soirs j'emportais au moins trois boites, malgré une fouille quotidienne. Notre principale préoccupation était le sabotage et le vol. Les lapins n'engraissaient plus et pour cause ! Les pommes de terre qu'on leur donnait à manger étaient bien vite volatilisées.

Malheureusement la patronne plus maligne que son mari avait fini par découvrir le manège et mis un cadenas sur la cage aux lapins. Alors, nous nous sommes mis à voler de la viande de porc placée dans le jardin et salée pour le chien. Le porc était mort de maladie, mais puisque le chienne ne mourrait pas, c'est que la viande était bonne. Enlevant délicatement le lard, nous le faisions fondre ensuite dans la baraque. Je travaillais un bon moment avec un maçon, et dans le seau à ciment que je lui montais au grenier, il y avait plus souvent de la viande que du ciment. Ah, ces greniers ! Le père MÜLLER pourra les désinfecter après notre libération, car ils servaient aussi bien de cabinets que de débarras. Nous y étions tranquilles, car le gardien y montait rarement, et le patron, trop obèse, ne pouvait monter sur une échelle ! Une fois pourtant je faillis être pris. Je rangeais du bois dans un grenier lorsque j'avise un tonneau de bois. Je passe vite le mot à mon collègue et je commence à remplir six sachets d'une livre chacun. Mon copain en prend quatre et j'en garde deux que je mets dans ma ceinture, mais cela faisait tout de même plus gros que des boites de cirage, et le gardien s'en aperçut à la fouille. « Qu'est-ce que c'est ? » me demanda-t-il. « Oh, rien, répondis je sans sourciller ! ». Je passai, mais j'avais eu chaud.

Une autre fois, en sortant de la fabrique, une boite de cirage glisse le long de mon pantalon, et roule devant moi dans la neige ! Heureusement, encore une fois, le gardien n'a rien vu ; sans cela, je serais certainement retourné à la « Mouna » porter des caisses de munitions. Pendant le mois de février 1945, le patron nous envoya au bois couper des pins. À deux, nous abattions des pins à la hache, pendant que d'autres les sciaient. Les bombardements se multipliaient jusqu'aux petites gares, et nous pensions que cette fois il y avait du bon. Les mois de janvier et février 1945 avaient été désastreux pour notre moral. Outre les marches dans la neige et le froid, le thermomètre descendant souvent à – 20° et – 25° ; nous avions appris la retraite des Alliés en Belgique. Ce fut un dur moment à passer, car lorsque le moral est atteint rien ne va plus ; on se laisse aller au découragement et l'on ne s'accroche plus désespérément à la vie.

Enfin, avec les beaux jours du mois de mars 1945 et la recrudescence des bombardements, l'espoir revint ! Nous apprenons des nouvelles formidables ; Bonn est prise ! Cologne est tombée ! Les Américains se battent dans Mayence, et puis, un beau jour, le Rhin est franchi.

Début septembre 1944, 9 hommes sont transférés de la prison de Wittlich au camp de Gross- Rosen

9 hommes sont transférés au camp de Gross-Rosen. François MOAL n'en fait pas partie car il est  amené au camp de Rollwald, ni Césaire de Poulpiquet qui est mort le 5 août 1943 à la prison de Wittlich.

Jean CROUAN   Jean-René HASCOËT   René HASCOËT  Yves HASCOËT  Jean-Louis MOAL

Émile BALEY   René COZANET  Jean-Louis LE BAUT  Jean-Louis LE BIHAN

Le camp de Gross-Rosen, est situé en Silésie, à 60 kilomètres de Breslau. Les déportés y étaient soumis à un travail très pénible dans une carrière creusée au milieu du camp. Sur la place d'appel un curieux campanile est construit en guingois. La cloche y sonne les rassemblements et sur un autre rythme annonce le grand jeu du samedi soir. Vers 17 heures, les déportés en tenue rayée de bleu reviennent, fourbus de la carrière. Ils ont gravi à maintes reprises 156 marches dans la rocaille, des pierres sur les bras, et défilent à l'entrée devant un camarade triste portant sur la poitrine une pancarte dont l'inscription : « Ich bin wieder » (je suis de retour) laisse entendre qu'il était parti.

Le soir, sous la lumière crue des projecteurs, par des températures de - 20° et plus, trois déportés tirent, comme des bêtes de somme, un lourd chariot sur lequel se tient debout le malheureux à la pancarte. Ils le promènent jusqu'au pied d'un mât. Le condamné monte alors sur une planche soutenue à l'horizontale par deux chevalets, se met lui même au cou la boucle de la corde qui va le pendre. Le maître de cérémonie désigne quelqu'un au hasard : « Venez ici ! ». L'homme doit chasser la planche d'un coup de pied énergique et, tandis que le corps effectue un soubresaut dans le vide, l'orchestre de violons joue avec langueur : « J'attendrai ton retour ». Le lendemain, dimanche après-midi, le camp redéfile au pas de charge devant la dépouille, langue dehors, au bout de son fil. Le chef crie au passage : « Yeux à gauche ! À droite ! », et tous doivent tourner la tête au commandement dans la direction voulue. Le premier qui se trompe est désigné pour tenir la pancarte le samedi suivant, si personne d'autre, pour un acte d'indiscipline quelconque, ne prend le relais d'ici là. Le pendu de la semaine, comme les morts de tous les jours, brûlent dans l'un des quatre fours « à grand rendement » construits par l'entreprise « Topf un Söhne ».

On comprend facilement que cette macabre mise en scène « du pendu et des violons » donnait au début la nausée aux autres déportés, qu'elle se gravait à jamais dans leur mémoire, et que tous les rescapés de Gross-Rosen ne manquaient pas d'en parler à leur retour en France. Ce sera le cas de Jean CROUAN et de René HASCOËT. Les déportés entendent le bruit des bombes américaines qui se rapproche et s'intensifie. Ils voient des SS qui vont et viennent en proie à une agitation de plus en plus vive.

Les 9 hommes déportés à Gross-Rosen sont séparés

Un matin, au début de décembre 1944, les déportés sont regroupés en deux catégories : d'un côté les « vieux » qui resteront et mourront par la suite sur place :

* René COZANET, mort d'épuisement le 9 décembre 1944 après être resté des heures debout dans le froid sous les yeux de ses tortionnaires

* Jean-Louis LE BAUT, le 16 décembre 1944,

* Jean-Louis LE BIHAN, le 23 décembre 1944,

* Jean-Louis MOAL, le 25 décembre 1944.

* Jean-René HASCOËT, le 25 décembre 1944.

* Émile BALEY, le 25 décembre 1944.

de l'autre les valides qu'ils évacuent :

* Jean CROUAN,

* René HASCOËT

* Yves HASCOËT

3 des 9 hommes sont transférés de Gross-Rosen à Dachau via Mauthausen

Jean CROUAN et les deux frères René et Yves HASCOËT font partie des évacués : « C'est la longue et lente transhumance vers Dachau qui commence pour eux », raconte René Pichavant. Sur 2000, il en restera tout juste la moitié. D 'abord à pied, en direction de Leipzig, en wagons à bestiaux ensuite, par la Tchécoslovaquie, le Pays des Sudètes, Prague, Linz sur les bords du Danube, les déportés poussent jusqu'à Mauthausen, mais il n'y a plus de place pour eux. Ils s'en retournent par Salzbourg. La colonne se traîne maintenant par les petites routes de Bavière. Les rangs s'éclaircissent au fur et à mesure. Des paquets de loques humaines, le regard luisant au creux des orbites, franchissement quand même le seuil du camp de Dachau le 16 mars 1945. Sur la porte une maxime s'étale : « Arbeit Macht frei ! » qui signifie : « le travail rend libre ».

Jean CROUAN et René HASCOËT sont affectés à la baraque 29. En face logent les ecclésiastiques, dont l'abbé CARIOU de Douarnenez, le Père FILY de Plogonnec, le Père RIQUET, le futur prédicateur de Notre-Dame. Jean-Yves HASCOËT qui était dans une autre chambre que son frère succombe le 29 mars 1945 à 17 heures 30.

Jean CROUAN et René HASCOËT sont libérés par les Américains

Le 29 avril 1945, Jean CROUAN et René HASCOËT sont libérés par les Américains, avant de retrouver Quéménéven. René malheureusement rejoindra sa commune plus tard que Jean CROUAN, et cela à cause du typhus qu'il couvait comme beaucoup de déportés de Dachau. Sa maladie s'était manifestée alors qu'il était dans le train, l'obligeant à s'en débarrasser à l'Hôtel-Dieu.

Les retrouvailles de Jean CROUAN et de François MOAL

Quelques semaines plus tard, en retrouvant François MOAL, Jean CROUAN lui avait dit que jamais il n'aurait cru pouvoir le revoir vivant ! « Quand on nous a séparés à Wittlich, lui disait Jean, quand je vois la mine et l'état que tu avais alors, et quand je pense aux camps que j'ai connus par la suite avec ton père et les autres, j'ai pensé que tu ne reviendrais jamais d'Allemagne ». Jean 41 Les conditions de la mort du docteur René COZANET ont été décrites par Louis JOLIVET de Châteaulin qui était déporté dans le même camp que lui.

CROUAN lui avait fait aussi des confidences sur Dachau.

Bilan de la déportation des 11 hommes

Sur les 11 hommes déportés, 8 mourront et seuls 3 reviendront chez eux après environ 2 ans de captivité dans des conditions terribles.

LA DÉPORTATION DES 4 FEMMES

Le 2 juillet 1943, après une nuit à la prison de Trèves, un premier tri est opéré parmi les 15 Finistériens. Les 4 femmes sont ainsi séparées de leurs compagnons d'infortune et envoyées à la prison de Flussbach, proche de Wittlich

Début septembre 1944, les 4 femmes sont transférées à Ravensbrück, camp de femmes situé à 75 kilomètres au Nord-ouest de Berlin, où elles surent rester toujours ensemble à se soutenir moralement et à prier. On les appelait « les petites Bretonnes » et eurent une conduite digne durant leur détention.

Fin février 1945, les Nazis décident de transférer les femmes déportées « NN » à Mauthausen, camp situé en Autriche dans la région de Linz.

La libération

Les 4 femmes y furent libérées par la Croix Rouge. Madame MOAL et les deux jeunes employées de Tréffry, Yvonne CUZON et Louise LE PAGE   retrouveront leur Finistère.

Ce ne sera malheureusement pas le cas de madame HASCOËT. Celle-ci très affaiblie, est décédée sur le chemin du retour, à Annemasse, en terre française mais juste après la frontière suisse.

BALEY Émile  né le 4 août 1881 à Châteaulin (29. Agent d'assurance à Châteaulin, il faisait partie du réseau Pat O'Leary qui hébergeait des aviateurs anglais et américains. Domicilié à Châteaulin au moment de son arrestation le 29 mars 1943, il est déporté NN, le 1er juillet 1943, de Paris, gare de l'Est, vers Hintzert. (Matricule 6682). Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich, puis à Gross-Rosen début septembre 1944 où il décède le 15 décembre 1944.

 

 

 

COZANET René, Marie, né le 22 juillet 1879 à Châteaulin ((29). Chirurgien dentiste, domicilié à Châteaulin. Il est arrêté pour avoir secouru des aviateurs américains le 9 avril 1943. Jugé avec 14 autres résistants à Quimper le 1er et 2 juin 1943, il est déporté «NN» le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est vers Hinzert . (Matricule: 6885). Autres lieux de déportation: Schweidnitz , Breslau, puis début septembre 1944 à Gross-Rosenn. Il meurt d'épuisement le 9 décembre 1944 après être resté des heures debout dans le froid sous les yeux de ses tortionnaires. Mémoire

CROUAN Jean, né le 18 décembre 1906 à Quéméneven (29). Après une licence en droit, Jean Crouan prend la direction d'une étude de notaire dans sa ville natale et devient membre du ''Conseil supérieur des notaires de France''. Il entre en politique en 1935 en devenant maire de Quéménéven, et député l'année suivante, inscrit au groupe de la [[Fédération républicaine|Fédération républicaine de France]]. Il n'a alors que 30 ans.
Mobilisé pendant la Campagne de France, il est fait prisonnier le 16 juin 1940 et s'évade le jour même. Il rejoint Vichy où, le 10 juillet 1940, il vote en faveur de la [[Vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940|Remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain]]. Bien que désigné comme membre du [[Régime de Vichy|Conseil national de Vichy]], il s'engage dans la Résistance, organisant un service d'évasion des prisonniers de guerre, créant un service de confection de faux documents d'identité, coordonnant la résistance des maires du Finistère contre les prétentions de l'occupant allemand, organisant également l'hébergement et le rapatriement des aviateurs américains.

Domicilié à Quéméneven au moment de son arrestation. Il est déporté «NN» le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est, vers Hinzert. (Matricule: 6887). Le 15 octobre 1943 il est transféré à la prison de Wittlich, Breslau,  puis début septembre 1944 à
Gross-Rosen, Kamenz, Dachau où il est libéré le 29 avril 1945. Article Wikipedia

CUZON Yvonne. Née le 19 décembre 1919 à Plogonnec (29). Employée au château de Tréffry à Quéméneven (29) au moment de son arrestation. Elle est déportée NN des prisons de la  région parisienne vers  celles du Reich, le 8 juillet 1943. Son parcours: Aachen, Flussbach , Breslau, Ravensbrück, Mauthausen. Elle est libérée le 22 avril 1945 et prise en charge par la Croix Rouge  internationale. Elle transite  par la Suisse: 8 jours à St-Gallen  et 8 jours à Genève puis c'est la France: Annemasse  le 1er mai  puis l'Hôtel Lutétia à Paris  le 8 mai 1945. Elle est chez le frère Jean LE PAGE à Houilles. Leur retour s'est fait par la gare de Quéménéven.  (Document: 2 jeunes filles de Plogonnec)

de POULPIQUET Césaire,né le 12 février 1903 à Quimper. Comte au château de Tréfy. Il est arrêté le 27 mars 1943, au château de Tréfy en Quéméneven (29) avec deux employées. Il est déporté NN, le 1er juillet 1943, de Paris, gare de l'Est vers Hintzert. (Matricule: 6901). Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich où il décède le 5 août 1943. Article Wikipedia   Dossier

HASCOET, née HENAFF (Marie, Anne) le 10 août 1888 à Quéménéven (29). Domiciliée à Quéméneven au moment de son arrestation le 27 mars 1943 avec son mari Jean René. Elle est déportée "NN" le 8 juillet 1943. Son parcours: Aacchen, Flussbach, Breslau, Ravensbrück, Mauthausen. Elle décède le 5 mai 1945 à Munsterligen (Suisse)  avant son rapatriement (Source JO: 113-17 mai 1994)

HASCOET René né le 25 février 1923 à Quéménéven. Domicilié à Quéméneven au moment de son arrestation. Fils de Jean René Il est déporté le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est vers le KL Hinzert. (Matricule:6891). Le 15 octobre 1943 il est transféré à la prison de Wittlich puis à Breslau et début septembre 1944 à Gross-Rosenn, Kamenz, Dachau où il est rapatrié le 28 mars 1945.

 HASCOET (Jean, René, Pierre, Marie), né le 13 août 1887 à Quéménéven. Arrêté pour avoir aidé des aviateurs américains (réseau Pat O'Leary), il est déporté le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est vers le KL Hinzert. (Matricule: 6890). Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich, puis à Breslau et  début septembre 1944 à Gross-Rosen où il décède où il décède le 15 décembre 1944. (Source JO: 113-17 mai 1994).

 LE BAUT Jean-Louis (Yves, Jean), né le 22 mai 1894 à Lannedern (29). Domicilié à Lannédern au moment de son arrestation le  27 mars 1943, il est déporté le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est vers Hinzert. Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich, puis à Breslau et  début septembre 1944 à Gross-Rosen où il décède le 23 décembre 1944.

LE BIHAN  François-Louis, né le 30 octobre 1894 à Plonevez-du-Faou (29). Domicilié à Plonevez au moment de son arrestation., le  27 mars 1943 , il est déporté le 1er juillet 1943 de Paris, gare de l’Est vers Hinzert. (Matricule: 6894). Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich, puis à Breslau et début septembre 1944 à Gross-Rosen où il décède le 23 décembre 1944. (Source JO: 41-18 février 1994) Dossier

LE PAGE MOREAU Louise. Née le 20 avril 1919 à Plogonnec. Employée au château de Treffry à Quéménéven (29) au moment de son arrestation. Elle est déportée NN le 8 juillet 1943. Son parcours: Aachen  , Breslau, Ravensbrück, Mauthausen. Libérée en avril 1945 à Mauthausen par la Croix-Rouge. (Document: 2 jeunes filles de Plogonnec)

MOAL Jean-Louis , né le 14 avril 1882 à Lannédern (29). Arrêté à Lannédern,, il est déporté NN, le 1er juillet 1943, de Paris, gare de l'Est vers le KL Hintzert. (Matricule 6699). Le 5 juillet 1943, il est transféré à la prison de Wittlich, puis à Breslau et début septembre 1944 à Gross-Rosen où il décède le 25 décembre 1944.

MOAL François, né le 14 avril 1923 à Lannédern (29). Il est arrêté le 27 mars 1943, il est déporté NN, le 1er juillet 1943, de Paris, gare de l'Est, vers Hinzert (Matricule 6897). Le 15 octobre 1943 il est transféré à la prison de Wittlich, Dieburg-Rodgau ou Rollwald ou Nieder-Roden où il est libéré le 26 mars 1945.

MOAL Anne-Marie. née le 21 août 1883 à Plouevez-du-Faou (29). Arrêtée à Kergoat-en-Lannédern (29) avec son mari Jean Louis, le 27 mars 1943, elle déportée "NN" le 8 juillet 1943. Son parcours: Aachen, Flussbach, Breslau, Ravensbrück, Mauthausen. Rapatriée le 21 avril 1945 à Mauthausen avant par la Croix-Rouge. Dossier

 

 

Sources:
Source: Mémorial des déportés de France. Tome I, page 294
(AD35 167 J24/1)

h-b.gif (328 octets)

Page d'accueil  | Autres sites