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Libération de l’Est de l’Ille-et-Vilaine

Août 1944

      Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents   

La libération de l’Ille-et-Vilaine en août 1944 par les divisions de la 3e armée du général Patton est relatée dans de multiples ouvrages d’histoire. Toutefois, l’intervention américaine dans l’est du département, représenté par l’actuel arrondissement de Fougères-Vitré, n’est guère évoquée dans les récits. Malgré l’absence d’évènements majeurs, l’action des Alliés dans ce secteur mérite d’être révélée.

 Le 1er août

 La 4e division blindée (DB) américaine du général John S. Wood, unité subordonnée à la 3e armée dont le commandement vient d’être confié au général George Patton, quitte le secteur d’Avranches et fonce vers Rennes par la route d’Antrain.  

Au cours de l’après-midi, les éléments de tête de cette division sont stoppés dans leur élan par la batterie antiaérienne allemande encuvée dans le bocage de Maison-Blanche au nord de Rennes. Les pertes humaines et matérielles sont lourdes. A cela s’ajoute une autre évidence : Le flanc gauche de la division immobilisée est découvert sur quatre-vingt kilomètres (nord-est de l’Ille-et-Vilaine). 

ICette situation n’échappe sans doute pas à l’état-major allemand qui dépêche, le 3 août, des unités de la 708e division d’infanterie allemande vers le secteur de La-Guerche de Bretagne–Vitré. Les Allemands espéraient profiter du dépôt stratégique de carburant (Benzinlager Bruno) camouflé dans la forêt de La-Guerche en Rannée alors que celui ci venait d’être détruit par 200 bombardiers moyens de la 9e US Army Air Force (16 et 31 juillet 1944). L’avancée rapide des troupes américaines obligera les Allemands à bifurquer vers Craon, Laval, Le Mans.

 Zone de Texte: Colonel Charles Reed
Afin d’y remédier au plus vite, le général Troy Middleton du 8e corps américain, ordonne au colonel Charles Reed, commandant le 2e régiment de cavalerie de reconnaissance mécanisé, de rejoindre la 4e DB et de la protéger sur son côté exposé à l’ennemi. Cette unité en attente dans le secteur de Granville s’active et arrive à Romazy, au sud d’Antrain, le 2 août en soirée. Le colonel Reed y reçoit sa première mission : « Reconnaître le sud-est de Saint-Aubin-du-Cormier jusqu’à Fougères ». Cette reconnaissance est confiée au 2e groupe d’escadrons commandé par le lieutenant-colonel Walter J. Easton ; le 42e groupe, commandé par le lieutenant-colonel William A. Hill, reste en réserve.

 

Le 3 août 

Tôt le matin, deux pelotons de l’escadron de reconnaissance « C », du 2e groupe, se dirigent vers le nord de Fougères en empruntant les trois routes principales. Dans la périphérie de la ville, une patrouille américaine est dans la ligne de mire d’un canon de « 88 » ennemi. La jeep de tête est détruite. Le combat s’engage. Un officier américain, le capitaine René Tallichet, est sérieusement blessé par des éclats d’obus. Les renforts de deux pelotons du même escadron et l’avant-garde de la 79e division d’infanterie (DI) permettent de contrôler la situation. La ville, terriblement meurtrie par de violents bombardements aériens, est rapidement libérée mais il n’y a pas foule pour accueillir les Américains. Une grande partie des Fougerais ont quitté leurs domiciles pour trouver refuge dans les communes environnantes. 

A l’aube de ce même jour, le général Wood décide de contourner et d’isoler la capitale bretonne par l’ouest afin de bloquer les itinéraires de repli des Allemands et de préserver les ponts sur la Vilaine depuis Rennes jusqu’au littoral. Les deux Combat Command A et B (CCA et CCB) de la 4e DB sont chargés de cette manœuvre en arc de cercle.  

Le « CCA », commandé par le colonel Bruce C. Clarke, prend la direction de Monfort-sur-Meu avant d’obliquer plein sud vers Pipriac, traversant Mordelles, Goven, Guichen, Lohéac, Guipry, puis se dirige vers l’est en direction de Messac et de Bain-de-Bretagne où il arrive en début d’après-midi. Dans cette agglomération, le colonel Clarke constitue deux groupements tactiques :

-   Zone de Texte: Colonel Bruce Clarke
La task force (TF) « Jaques », du nom de son chef le lieutenant-colonel George L. Jaques à la tête du 53e bataillon d’infanterie blindée.

 

-   La task force (TF) « Abrams » du lieutenant-colonel Creighton W. Abrams commandant le 37e bataillon de chars.  

La TF « Jaques » se positionne à Crevin et à Bourg-des-Comptes et la TF « Abrams » à Janzé. Ces deux formations se déploient en ligne de façon à contrôler les principaux accès routiers vers le sud du département. Le colonel Clarke établit son PC dans le secteur de Crevin en liaison le 25e groupe d’escadrons de cavalerie de reconnaissance. Les unités américaines vont être ainsi placées en bouclage jusqu’au 5 août à 13 heures.

 

 A de nombreuses reprises, elles vont accrocher et anéantir des groupes ennemis se retirant de leurs positions rennaises. 

A Messac, une petite task force constituée d’une batterie antiaérienne, d’un peloton de tanks et d’un peloton d’infanterie, sécurise la ville et le pont avec l’aide des résistants locaux. Pendant 48 heures, cette formation va être l’objet d’attaques constantes. Selon le rapport après action du « CCA », trois cents soldats allemands ont été tués ou capturés dans ce secteur. 

Simultanément, le « CCB », scindé en trois task forces, commandé par le général Holmes E. Dager, se déplace également en arc de cercle sur le flanc droit du « CCA » traversant Vignoc, Bédée, Plélan-le-Grand, Guer puis atteint Derval aux environs de minuit. 

Au sud-ouest de Janzé, le char du lieutenant-colonel Abrams se retrouve face à un autocar bondé de soldats allemand en phase de repli. A la vue du blindé, les occupants abandonnent sur-le-champ leur véhicule pour se dissimuler derrière une haie sous les rafales des mitrailleuses du Sherman.

Afin de prolonger l’encerclement de Rennes, Abrams positionne une partie de son bataillon sur le secteur de Châteaugiron avec l’appui d’une compagnie du 66e bataillon d’infanterie blindée et installe son PC dans les environs d’Amanlis, au nord de Janzé. Il ordonne au capitaine John McMahon, commandant la compagnie « D », de placer des avant-postes entre Veneffles et Saint-Aubin-du-Pavail. 

La compagnie « D » couvrant les intersections de routes au sud de Châteaugiron intercepte à 21 h 15 une troupe adverse venant de Rennes. Le lieutenant Conrad Mueller, posté à un carrefour au sud de Saint-Aubin-du-Pavail, sur la route de Piré-sur-Seiche, est informé par des résistants locaux qu’une colonne formée d’environ cinq cents fantassins allemands et de deux canons de 88 tractés par des camions se dirigeait vers les avant-postes américains. Le lieutenant Mueller place un Sherman armé d’un canon de 105 mm Howitzer dans la direction du convoi. Le premier tir détruit un véhicule et ses occupants. Avant que les Allemands ne répliquent, les tirs suivants anéantissent les deux canons ennemis. Appelée en renfort, la compagnie « C » du 37e bataillon de chars arrive à Châteaugiron le 4 août à 4 heures du matin. 

A une vingtaine de kilomètres au nord-est de Châteaugiron, le 2e régiment de cavalerie est aux portes de Vitré. Aux environs de Val-d’Izé, une patrouille du 2e groupe d’escadrons surprend un véhicule allemand avec quatre occupants à bord. Les Américains ouvrent le feu ; trois soldats allemands sont tués, le quatrième probablement blessé s’est enfui dans la nature [NDLA : Cet accrochage s’est probablement déroulé au lieu-dit Gérard sur l’itinéraire Val-d’Izé-Vitré]. 

Au cours de cette même nuit, le général Wood prépare l’objectif du lendemain : libérer Rennes ! Tout comme le colonel Charles H. Reed qui affine sa stratégie pour délivrer Vitré ; il confie cette mission au 2e groupe d’escadrons. 

Indépendamment de ces projets sur le terrain, l’état-major allié lance l’opération « Dunhill » qui consiste à larguer cinq sticks de parachutistes du 2e régiment SAS (Special Air Service) britannique entre le 2 et le 5 août 1944. Dans la nuit du 3 au 4 août, trois sticks sont parachutés en Ille-et-Vilaine : l’un sud-est de Messac (Dunhill 2) et les deux autres au nord et au sud-est de la forêt de La Guerche (Dunhill 3 et 4). Ces commandos devaient harceler l’ennemi sur ses arrières. La progression des troupes américaines va bouleverser les plans de cette opération. Le 4 août, le stick « Dunhill 3 » récupère des véhicules allemands abandonnés à Janzé, rejoint les plages de Normandie et rentre en Angleterre pour une nouvelle mission. Le stick « Dunhill 4 », composé de dix paras français, commandé par le capitaine Jacques Lazon, se rallie au 2e régiment de cavalerie de reconnaissance à Pouancé et restera à ses côtés jusqu’au 2 septembre date à laquelle il retourne en Angleterre.

Le 4 août

 Dans la matinée, la ville de Rennes est libérée par des éléments de la 4e division blindée et par le 13e régiment d’infanterie de la 8e DI US. 

» Châteaugiron : Craignant une forte présence allemande à Châteaugiron, les Américains envisagent une concentration d'artillerie sur la ville avant d’y pénétrer avec la compagnie D appuyée par l’infanterie blindée en vue d’établir des barrages routiers au nord-ouest de la cité. Peu avant l’ouverture du feu, un Castelgironnais accourt vers le poste de commandement américain affirmant qu’il n’y avait plus aucun soldat allemand dans la ville. Cette information de dernière minute évitera des destructions inutiles. Finalement, le 37e bataillon de chars de la 4e DB investit les rues de Châteaugiron sans incident. Par mesure de sécurité des points de contrôle sont mis en place au nord de l’agglomération. Dans l’après-midi, les tankistes s’offrent un peu de repos dans les environs d’Amanlis avant de repartir le lendemain en direction de Vannes avec le CCA. 

» Vitré : Au lever du jour, le lieutenant-colonel Easton met en ordre de marche un escadron de reconnaissance appuyé d’un escadron d’assaut, équipé de chars M-8 75 mm Howitzer, et d’un peloton. Les deux premières troupes entrent dans la ville par le nord tandis que le peloton intervient par l’ouest en empruntant la route de Pocé-les-Bois. La progression de l’escadron du capitaine William E. Potts est ralentie à plusieurs reprises par l’artillerie allemande mais l’intervention des chars M-8 la réduit au silence au fur et à mesure de son avancée. Vers 10 h 30, les Américains occupent le cœur de la ville et neutralisent les différentes positions ennemies. Les libérateurs sont guidés par des Vitréens leur signalant les tireurs isolés. Dans l’après-midi, le 2e régiment de cavalerie a sécurisé l’agglomération de Vitré ; c’est la première ville libérée à son actif. Les GI’s sont agréablement surpris de l’accueil que leur réserve la population en liesse. Mais au cours des combats, le soldat Harry A. Earnshaw, âgé de 22 ans, a été tué aux abords de la localité, route de Pocé-les-Bois. Le régiment vient de perdre son premier homme depuis son arrivée sur le sol de France le 19 juillet. 

En fin de journée, le 2e régiment de cavalerie doit quitter Vitré et ses environs pour faire route vers le sud du département en direction du Maine-et-Loire. Le convoi emprunte principalement la RN 178 tout en exerçant des reconnaissances sur les routes adjacentes. C’est ainsi qu’une patrouille de cavalerie entre en contact avec la compagnie « D » du 37e bataillon de chars, positionnée dans le secteur de Châteaugiron. La colonne américaine traverse sans difficultés les communes de Moutiers, de La Guerche-de-Bretagne, Rannée puis la tête du convoi contournent la forêt de La Guerche par Arbrissel, et s’arrêtent vers 19 heures à l’entrée nord de Martigné-Ferchaud. Le régiment se regroupe dans les prairies de la ferme de la Rotruère où il décide de bivouaquer. Les Allemands ont quitté ce secteur la veille au soir après avoir dynamité une partie de leur dépôt de munitions d’artillerie (Munitionslager Martin 2 de la 7e armée allemande) établi dans la forêt d’Araize depuis six mois.  

Sur l’itinéraire, l’état-major de la 4e division blindée ordonne au colonel Reed de projeter immédiatement des renforts à Châteaubriant, à une dizaine de kilomètres au sud de Martigné-Ferchaud, pour renforcer la task force du « CCB » qui vient de libérer cette ville où cinq soldats américains ont été tués.

A l’aube du 5 août, à Martigné-Ferchaud, le soldat Harry A. Earnshaw est enterré avec les honneurs militaires rendus par ses frères d’armes, dans un verger de la ferme de la Rotruère, situé en bordure de la route de Coësmes (D46). Sa tombe est surmontée d’une simple croix. Sans tarder, les cavaliers américains quittent Martigné-Ferchaud et se dirigent vers Pouancé, première ville du Maine-et-Loire qu’ils libèrent dans la matinée, puis vers Segré jusqu’aux environs de la ville d’Angers.

 L’Est de l’Ille-et-Vilaine est définitivement libéré. 

N’oublions pas l’action des Forces françaises de l’intérieur (FFI) aux côtés des Alliés. Malgré leurs faibles moyens, ils ont largement contribué à la libération de cette partie de notre département. Citons entre autres, les Francs tireurs partisans français (FTPF) du commandant Louis Pétri (de Louvigné-du-Désert) et les membres du mouvement Libération-Nord de l’Armée secrète (AS).

  

 

 

L’extrême mobilité du 2e régiment de cavalerie américain, sa vitesse et sa souplesse d’exécution, son habileté à s’infiltrer jusqu’aux arrières de l’adversaire, lui valent de la part des Allemands le surnom légendaire de Fantômes de la 3e Armée de Patton, « Ghost of Patton’s Third Army »..

 

 

  

Daniel Jolys

Cercle d’Histoire du Pays Martignolais

Octobre 2016

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Sources : Histoire du 2e régiment de cavalerie de reconnaissance. Rapports de la 3e Armée US, du CCA de la 4e DB,  du 37e bataillon de chars, des 51e et 53e bataillons d’infanterie blindée - Ouvrages : « Patton’s Vanguard, 4th AD » Don M. Fox et « Rennes pendant la Guerre » Etienne Maignen. Documentations diverses de l’auteur.

 

 

 

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20/10/2016