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Poésies

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A MON AMI, MON CAMARADE

Mon ami, mon camarade

Avril mille neuf cent quarante cinq

Trente cinq ans et six enfants... ou cinq.

Je sors des décombres et des cendres de Nordhausen

Morts, que des morts, ils sont tous morts,

C'est la dernière fais que je m'arrête à Dora

Mon Ami, mon Camarade,

Tu es là, misérable, planté droit sur tes os.

Où sont passés les copains des Blocks ?

Qu'ont-il fait du gamin du Kommando ?

Morts, que des morts, ils sont tous morts

Assassinés, massacrés, en fumée.

Mon Ami, mon Camarade,

Tu es là, et maintenant tu te couches, épuisé

Et nos yeux se regardent, silencieux

Et nos yeux se regardent, une dernière fois

Et tu sais déjà, et je sais déjà,

Que tu ne rentreras pas à Blois

Mon Ami, mon Camarade

Demain je pars, je ne reviendrai jamais à Dora.

Oui, je passerai chez toi, je parlerai aux tiens,

De ton courage et de ta dignité

Et de la cigarette que nous avons partagée

Mais que dirai-je aux miens ?

Mon Ami, mon Camarade,

Avril deux mille cinq, j'ai trente cinq ans et

Je ne suis toujours pas sorti de Dora.

Soixante ans ont passé. J'ai trente cinq ans et

Mes six enfants m'ont bien aidé.

J'ai bien revu les copains de la fédé.

Mon Ami, mon Camarade,

J'ai retrouvé le gamin du Kommando ;

II est passé au travers, il a eu du pot

J'ai rencontré les tiens, mais, je n'ai rien dit aux miens.

Les traîtres, les bourreaux sont morts, tous morts

Et moi je vis

Mon Ami, mon Camarade,

Ce matin le jour n'est pas encore levé sur Dora

Dans mon fauteuil, en place, j’attends l'appel

Matricule au bord des lèvres

Les yeux grand ouverts, je fixe.

Et là, devant moi, je te vois

Mon Ami, mon Camarade.


François Mercier


Poésie parue dans le courrier de la mémoire du musée de la Résistance Déportation et Libération n° 19 de juillet 2005. Publication avec l'autorisation de l'auteur.

 

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