20/07/2013

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ASSOCIATION DE RAWA-RUSKA
Combattants Volontaires de la Résistance extra-métropolitaine
Internés de la Résistance de la région Ouest
La Résistance au cœur du grand Reich

 

"Pourquoi parler de Rawa-Ruska ?:(Extrait d'un mel )

Il faut continuer à parler de Rawa-Ruska, je suis atterrée car 9 personnes sur dix ne connaissent pas ce camp et encore pire même pas le nom!

Un exemple qui m'a interloquée : Je fais partie d'un groupe philosophique et dernièrement j'ai décidé de transmettre le peu que je savais de Rawa-Ruska à mes amis, une assistance d'une trentaine de personnes de 30 à 80 ans.

Là stupeur, une seule personne connaissait l'existence de ce lieu innommable (un cousin de son père y avait été interné, ce dernier traumatisé à vie, à la seule évocation du nom, pleure et se tait.)! ...Pour trois d'entre nous, Rawa-Ruska leur avait évoqué... une déesse indoue ou autre !!!
Et soixante ans après, je me suis aperçue, qu'encore et toujours certaines personnes ne préfèrent pas savoir!"

 

Lettre adressée à l’intention des membres de l'association par le secrétaire de l'association

Rennes le 13 avril 1994.

Mes chers Camarades

La plupart des historiens de la guerre 1939-45 semblent ignorer l’ampleur de la résistance qui a été celle d’un nombre imposant de captifs parqués ou détenus non seulement à l’intérieur des frontières du Reich mais encore dans les territoires occupés par l’armée allemande dotée d’un “Général Gouvernement”

Ceux d’entre eux qui y ont fait allusion dans un contexte général, attachent trop peu d’importance au rôle de cette résistance. Ils ne semblent pas conscients des dangers encourus, des risques pris et du lourd tribut payé par ceux qui ont eu le malheur de se faire découvrir, trop souvent hélas victimes de la trahison.

Ils étaient en outre dépourvus de tout soutien comme par exemple celui d’un réseau de coordination. C’est compte tenu de cette constatation qu’il me parait opportun de citer quelques passages d’un ouvrage intitulé “ Guerre du XX ème siècle” écrit par une historienne anglaise, Suzanne Everett en collaboration avec le général britannique Peter Young et l’historien américain Robin Langley Sommer. Les écrits de ces trois historiens étrangers ne sauraient être taxés de partialité tant au sujet des faits que sur d’éventuelles motivations politiques qui n’avaient d’ailleurs pas cours dans les camps de soldats prisonniers dans lesquels j’ai personnellement séjourné.

Il a bien surgi, exceptionnellement, dans quelques stalags des organisations clandestines d’une certaine résistance, notamment au Pétainisme, qui ont même eu des prolongements parmi des évadés des camps rentrés en France. Il ne convient ni de les sous-estimer ni de leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont eue au regard de la résistance en pays ennemi.

Dans la grande majorité des cas cette résistance était individuelle, souvent secrète et donc d’autant plus courageuse.

Pour en revenir a cet ouvrage, un premier paragraphe parait devoir être souligné. On y lit page 462 : “Une autre résistance plus héroïquement quotidienne fleurit également en Allemagne : celles des évadés, des saboteurs, des déportés. Jusqu’en 1944 les évasions des camps (de concentration bien sûr) sont extrêmement rares, elles sont plus nombreuses dans les stalags, les oflags et les commandos, du S.T.O. Le sabotage est pratiqué par les requis, les prisonniers, les déportés qui sont contraints de travailler pour l’industrie allemande. On peut saboter des munitions, des moteurs d’avion, des pièces de fusée, des appareillages électriques ou seulement des roulements à billes, provoquer des accidents ou simplement ralentir le travail. Il faut une grande habileté pour éviter les représailles, tous les retards, toutes les défectuosités doivent paraître accidentelles et un grand courage, en cas d’erreur il n’y a qu’une seule peine : la mort."

Dans le chapitre plus spécialement consacré aux Partisans on lit : "qu’ils soient guérilleros, saboteurs, partisans d’Europe Centrale, maquisards... tous encourent les mêmes risques, les lois et conventions internationales ne leurs sont pas appliquées. S’ils sont pris, ils sont torturés, exécutés sur place ou dans les meilleurs cas envoyés en camp de concentration (avec le durcissement de la guerre, les commandos opérant en uniforme et les évadés des stalags et oflags sont traités avec la même rigueur."

Si nombre d’historiens d’hier et d’aujourd’hui semblent si mal informés ou peu enclins à faire état de la Résistance en Allemagne, les dirigeants de cette époque, basés en Angleterre l’étaient eus informés que parmi les captifs un nombre croissant de rebelles aux règlements des stalags prenaient des risques et subissaient les rigueurs de la répression.

Bien sûr au cours des premiers mois qui ont suivi la défaite de 1.940, les prisonniers sont abasourdis, consternés, terrassés, intoxiqués par la propagande ; ils entendent bientôt une rumeur circuler subrepticement dans les stalags ; “les Anglais résistent partout, une armée Française se forme, elle a un Général à sa tête, inconnu jusqu’ici ; le général de Gaulle. Ne souriez-pas à cause du nom, disait-on, ce n’est pas une blague. Ce général qui commence à devenir célèbre à l’heure des bouteillons a adressé un message aux Français qui finit par faire son chemin d’un baraquement à l’autre: il a dit : "ou que soyez, organisez la résistance..." Les prisonniers de guerre se sentent concernés eux aussi. Ces nouvelles clandestines les aident à relever la tête, à serrer les mâchoires, un espoir surgit, la servilité des opportunistes commence à agacer, le sabotage se fait jour, les barbelés ne paraissent plus infranchissables, la voix qui venait de loin à porté.

Mais tous ne se laissent pas convaincre par cet appel, les attentistes, les détenteurs d’un bon petit boulot, sans adhérer pour cela au renouveau suspect de Vichy, trop complaisamment diffusé par les allemands, répugnent à prendre des risques et à troubler un mode de vie insupportable à bien des égard, mais qui pourrait non seulement faire perdre quelques avantages, mais devenir infernal.

Les saboteurs se font de plus en plus discrets et les candidats à l’évasion conspirent entre eux dans le plus grand secret, ils se sont rendus compte que tout groupement humain comporte son lot de mouchards et même de traîtres !

Malgré tout, au fil des semaines et des mois le nombre des évadés, en particulier, devient insupportable pour l’armée allemande obligée d’affecter de plus en plus de soldats à la garde des prisonniers alors qu’il lui faut de plus en plus de troupes pour satisfaire aux besoins des nouveaux fronts, assurer l’occupation des pays conquis, veiller aux frontières terrestres et maritimes sur une longueur jamais égalée.

Des mises en garde comminatoires sont diffusées dans les Stalags et les Oflags suivies de menace d’exécution sans sommation ; rien n’y fait, les sabotages subtils et surtout les évasions de plus en plus audacieuses se multiplient. Il importe donc de frapper un grand coup. Le 20 janvier 1942 le Général SS Heidrich assisté du Gouverneur Général de la Pologne et des territoires occupés Franck ainsi que de Keitel général de la Werhmacht organise à Wansee près de Postdam une réunion au cours de laquelle il est décidé à sévir contre les inadaptables au régime au régime Nazi et de trouver un moyen imparable pour lutter contre toute rébellion des éléments dangereux, en particulier, contre celle des prisonniers de guerre évadés et des saboteurs, tous gens considérés comme inassimilables.

C’est au cours de cette conférence que deux décisions importantes sont prises :

-1° la perte du statut de prisonnier de guerre pour cette catégorie de criminels “indignes de vivre au milieu d’une population saine et laborieuse”

-2° la déportation de ces indésirables hors des frontières du Reich au Vernichtung lager (camp d’anéantissement) 325 à Rawa-Ruska en Ukraine, ceci en violation des conventions de la Haye et de Genève applicables aux prisonniers de guerre dont les sbires allemands n’avaient que faire. Les sous-officiers prisonniers de guerre l’ont eux-aussi appris à leurs dépens. Ils ont eux-aussi été parqués dans un camp spécialement créé pour eux.

La décision prise à Wansee est rapidement suivie d’effet. Un ordre de O.K.W. daté du 9 avril 1942 consigné par le Général Keitel stipule que les ennemis du régime concernés devront être déportés à Rawa-Ruska. Seuls les prisonniers anglais seront épargnés car l’Angleterre détient des prisonniers allemands en contrepartie. Dès le 13 avril 1942 le premier convoi de prisonniers de guerre français et belges en situation de rébellion criminelle, au regard des allemands, après un parcours dans des conditions atroces, débarquaient des infects wagons à bestiaux au milieu des hurlements des gardiens et des chiens, sous les coups de crosse et de nerfs de bœuf. Ils étaient affublés d’uniformes disparates, en guenille, récupérés dans les résidus des armées vaincues de toute l’Europe.

Ils formaient un troupeau épuisé, affamé, sale, abruti, poussé dans ce camp de Rawa-Ruska englobé dans le Juden Kreis : zone d’extermination des juifs. Devant pareil accueil les dernières illusions tombaient. Seuls maintenaient debout la haine du bourreau et l’espoir de sa défaite.

Les premières semaines écoulées l’appel de la liberté redevient pressant, des emplacements qui paraissent propices au creusement de tunnels sont choisis et, sans plus tarder le travail de sape est entrepris. Hélas, cette activité n’est pas passée inaperçue, les évadés sont attendus à la sortie, les deux premiers sont sauvagement assassinés par les gardiens malgré leurs supplications. Ce mode d’évasion s’avère irréalisable.

Par contre, au cours de corvées à l’extérieur du camp quelques rares prisonniers, moins épuisés ou plus résistants tentent leur chance ; plusieurs repris sont fusillés mais quelques sujets exceptionnellement chanceux disparaissent dans la nature. Il en est parmi eux qui rejoignent les partisans polonais. L’un d’eux, Emile Liger, dont le parcours et le courage sont légendaires, se voit confier le commandement d’une unité de partisans polonais qu’il encadrera jusqu’à la fin des hostilités dans des combats de guérilla. Il s’est rendu célèbre parmi ses pairs sous le nom de Commandant Louis.

Cet exposé sans prétention a simplement pour but d’éviter que ne soit trop occultée une résistance à l’intérieur du Grand Reich, différente, très différente de celle plus connue qui a été menée en France et dans les territoires occupés ; une résistance plus individuelle certes mais pas sans moins de danger, celle qui a été la vôtre, que vous avez librement choisie...

A quoi bon s’étendre sur les sévices et les conditions misérables du camp de Rawa-Ruska, vous les connaissez, vous les avez vécues, elles hantent encore vos cauchemars de temps à autre. Pourquoi alors en évoquant cette résistance devant vous, évoquer Rawa-Ruska en particulier ? - D’abord parce que c’est une tranche inoubliable de votre vie qui a été l’aboutissement de votre engagement personnel à vous les quelques survivants d’aujourd’hui et c’est aussi pour que nos enfants n’oublient pas la féroce répression qui en a été la conséquence et c’est enfin parce que Rawa-Ruska demeure un symbole : celui de la résistance que des soldats prisonniers incarnèrent dans des conditions qu’ils savaient périlleuses à l’extrême. Vous figurez parmi les premiers résistants qui surgirent après la défaite de 1940. L’armée française prisonnière comptait 1 million 800.000 soldats ; à l’image de la France occupée elle a eu ses attentistes mais aussi ses résistants.

Il m’apparaît opportun de vous faire savoir ou de vous rappeler pour conclure, comment a été perçue votre résistance par des personnalités qui comptent pour vous :

quelques citations extraites de leurs écrits l’explicite / D’abord une phrase du Général de Gaulle :

"S’il y a eu pour toute l’armée prisonnière un haut lieu de courage, un symbole de la Résistance et de la Déportation ce fut Rawa-Ruska. "

Puis l’appréciation du Colonel Rémy :

"Rawa-Ruska: une résistance plus âpre et plus difficile que celle que j’ai connue aux avant-postes de la résistance."

Enfin la formule de Winston Churchill qui a donné une définition de ce camp gravée dans nos mémoires de survivants :

"Rawa-Ruska est situé dans la région qui détient le record de la souffrance en 1942. C’est le camp de la mort lente et de la goutte d’eau"

En terminant cet exposé sur la résistance au cœur du Reich, il m’apparaît opportun de vous redire, mes chers camarades : souvenez-vous que si vous n’avez pas été les seuls, loin de là, à mener ce combat obscur et trop peu connu, vous en étiez. Restez-en fiers.

Alfred Grimault

Secrétaire régional de l’association de Rawa-Ruska

 

Le nombre des captifs qui ont été internés au camp de Rawa-Ruska atteint 26.000.

Nous y sommes arrivés par convois successifs à dater du mois d’avril 1942. Au fur et à mesure que des « Kommandos » de travail avaient été réalisés, des unités de 60 – 80 – 100 ou 150 prisonniers étaient transférés dans des « Kommandos » de travaux forcés. Rawa-Ruska pouvait être comparé en quelque sorte à une maison mère avec une organisation administrative et son fichier central.

Au fur et à mesure de l’arrivée des convois les nouveaux débarqués avaient toujours tendance à se regrouper avec les camarades de leur région d’origine, ou avec ceux auxquels ils se sentaient des affinités professionnelles, intellectuelles ou encore religieuses. Je n’ai par contre pas eu connaissance de regroupements politiques à Rawa-Ruska.

Beaucoup de captifs ne séjournaient qu’un mois ou deux au camp principal avant d’être affectés à un « kommando », d’autres y séjournaient plus longtemps, notamment ceux qui étaient considérés comme des sujets particulièrement rebelles.

Pour ce qui me concerne, j’ai été interné au camp principal du début de juin 1942 à la mi-novembre de la même année.

 

Un évadé du camp de la mort lente: Joseph Tropée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lettre adressée au Procureur Général chargé du procès de Nuremberg par l 'ancien responsable du camp de Rawa Ruska
Article du webmagazine mensuel sur la seconde guerre mondiale:


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